‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 3)Chapitre 91 sur 278 · ACTE II, SCÈNE I. igS · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I. igS

J ai vanté sa victoire, et je me suis flattée Jusqu'à m'imaginer que j'étois écoutée :

Mais, quand pour me répondre il s'est fait un effort, Son compliment au mien n'a point eu de rapport; Et j'ai trop vu par là qu'un si profond silence Attachoit sa pensée ailleurs qu'à ma présence, Et que l'emportement d'un entretien secret Sous un front attentif cachoit l'esprit distrait

BARCÉE.

Les soins d'un conquérant vous donnent trop d'alarmes. C'est peu que devant lui Cyrthe ait mis bas les armes. Qu'elle se soit rendue, et qu'un commun effroi L'ait fait à tout son peuple accepter pour son roi : Il lui faut s'assurer des places et des portes, Pour en demeurer maître y poster ses cohortes; Ce devoir se préfère aux soucis les plus doux; Et, s'il en étoit quitte, il seroit tout à vous.

ÉRYXE.

Il me l'a dit lui-même alors qu'il m'a quittée ;

Mais j'ai trop vu d'ailleurs son ame inquiétée ;

Et, de quelque couleur que tu couvres ses soins.

Sa nouvelle conquête en occupe le moins.

Sophonisbe, en un mot, et captive et pleurante.

L'emporte sur Éryxe et reine et triomphante ; *

Et, si je m'en rapporte à l'accueil différent,

Sa disgrâce peut plus qu'un sceptre qu'on me rend.

Tu l'as pu remarquer. Du moment qu'il l'a vue.

Ses troubles ont cessé, sa joie est revenue :

Ces charmes à Carthage autrefois adorés

Ont soudain réiini ses regards égarés.

n^ SOPHONISBE.

Tu I as vue étonnée, et tout ensemble altière.

Lui demander Thonneur d'être sa prisonnière,

ht prier fièrement qu'elle pût en ses mains

Ëlviter le triomphe et les fers des Romains.

Sou orgueil, que ses pleurs sembloient vouloir dédire,

Trouvoit Fart en pleurant d'augmenter son empire;

Et sûre du succès, dont cet art répondoit,

Elle prioit bien moins qu elle ne commandoit.

Aussi sans balancer il a donné parole

Qu'elle ne seroit point traînée au Capitole,

Qu'il en sauroit trouver un moyen assuré;

En lui tendant la main sur l'heure il l'a juré,

Et n'eût pas borné là son ardeur renaissante.

Mais il s'est souvenu qu'enfin j'étois présente;

Et les ordres qu'aux siens il avoit à donner

Ont servi de prétexte à nous abandonner.

Que dis-je? pour moi seule afiFectant cette fuite, Jusqu'au fond du palais des yeux il l'a conduite; Et, si tu t'en souviens, j'ai toujours soupçonné Que cet amour jamais ne fut déraciné.

Chez moi, dans Hyarbée, où le mien trop facile Prétoit à sa déroute un favorable asile.

Détrôné, vagabond, et sans appui que moi.

Quand j'ai voulu parler contre ce cœur sans foi, Et qu'à cette infidèle imputant sa misère.

J'ai cru surprendre un mot de haine ou de colère. Jamais son feu secret n'a manqué de détours Pour me forcer moi-même à changer de discours; Ou, si je m'obstinois à le faire répondre.

J'en tirois pour tout fruit de quoi mieux me confondre,

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