‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 100 sur 248 · ACTE V, SCÈNE H · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE H

Celui qui, comme vous, prétend à cette gloire. D'un courage plus ferme en croit ce qu'il dott croire . Comme vous on le flatte, il y sait résister; Rien ne le touche assez pour le faire douter : Et le sang, par un double et secret artifice, Parle en vous pour Phocas , comme en lui pour Mauric

HÉRACLIDS.

A ces marques en lui connoissez Martian; il a le cœur plus dur étant Els d'un tyran.

La générosité suit la belle naissance :

La pitié l'accompagne, et la reconnoissancc.

Dans cette grandeur dame un vrai prince affei-mi Est sensible aux malheurs même d'un ennemi; La haine qu'il lui doit ne sauroit le défendre, Quand il s'en voit aimé, de s'en laisser surprendre; Et trouve assez souvent son devoir arrêté Par l'effort naturel de sa propre bonté.

Cette digne veitu de lame la mieux née, Madame, ne doit pas souiller mii destinée.

Pulch^rie n'est pas jusie. Héradius peut très bien douter qu'il soit lîls de Maurice, et cependant être son til!<; il a même les plus grandes raisons pour en douter. Boileau candamiiait hautement dans Corneille toutes ces scènes de raisonnements, et sur-tout celles qui refroidissent toutes les pièces qu'il fit après Héracliiu.

Va spectateur, toujours parcsacui d'appbudir.

Il est cependant naturel qu'Héraelias explique ses doutes. Le grand défaut de cène scène est, comme on l'a dit, qu'elle ne con-

3to8 HÉRACLIUS.

Je doute; et si ce doute a quelque crime en soi, C'est assez m'en punir que douter eomme moi; Et mon cœur, qui sans cesse en sa faveur se flatte, Cherche qui le soutienne, et non pas qui Fabatte; Il demande secours pour mes sens étonnés, Et non le coup mortel dont vous m'assassinez.

PULCHÉRIE

Lr œil le mieux éclairé sur de telles matières peut prendre de faux jours pour de vives lumières; Et comme notre sexe ose assez promptement' Suivre l'impression d'un premier mouvement, Peut-être qu'en faveur de ma première idée Ma haine pour Phocas m'a trop persuadée.

Son amour est pour vous un poison dangereux; Et quoique la pitié montre un cœur généreux^, Celle qu'on a pour lui de ce rang dégénère^.

Vous le devez haïr; et, fiit-il votre père 4 : Si ce titre est douteux, son crime ne l'est pas. Qu'il vous offre sa grâce, ou vous livre au trépas,

' Ces expressions de comédie , et la réflexion sur notre sexe, achèvent de refroidir.

* Ce terme montre n est pas propre ; on croirait que la pitié a un cœur. Ces petites négligences seraient à peine remarquables, si elles n* étaient fréquentes; et ces inattentions étaient très pardonnables pour le temps. Il fallait peut-être prouve un cœur généreux ^ ou bien et quoique la pitié soit d'un cœur généreux,

^ De quel rang? est-ce du rang des cœurs généreux ? on ne dégénère point d'un rang.

* Cela n'est pas vrai; un fils ne doit point haïr un père qui U élevé avec teudressc : ce sentiment est pardonnable dans la bouche de Pulehérie ; mais doit-elle l'alléguer comme un motif déterminant ?

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