TRAGÉDIE
^présentée avec les machines sur le théâtre royal
de Bourbon.
PRÉFACE DE VOLTAIRE
11 paraît, par la pièce d' Andioméde , que Corneille se pliait à tous les {;eiires. Il fui le premier qui fit des comédies dans lesquelles ou retrouvait le langage des honnêtes gens de sou temps, le premier qui fit des lra{;cdies dignc^ deux, et le premier encore qni ait donné une pièce en machines qu'on ait pu voir avec pkisir.
On avait représenté le Mariage d'Oqiliéc et (f Eurydice , ou la Grande Joanice des machines, en 1640 : il y avait de la musique dans quelques scènes; le reste se décKimait tomme à Tordinaire.
l^Àndroméde de Corneille est aussi supérieure ii cet Orphée que Méiile l'avait été aux comé- Jies du temps ; ainsi Corneille fut au-dessus de ses contemporains dan^ tous les {jcnrcs ([uil traita.
U est vrai que quand on a lu lAndroniéde de Quinault, on ne peut plus lire celle de Corneille; de même que les comédies de Molière Kreiit oublier pour jamais Mèiac et hi Gatciir
du Palais. Il y a pourtant des beautés dans VAndromède de Corneille, et on les trouve dans les endroits qui tiennent de la vraie tragédie; par exemple, dans le récit que fait Phorbas à Tavantdernière scène de la pièce.
Cette pièce fut jouée au théâtre du Petit- Bourbon. Un Italien , nommé Torrelli , fit les machines et les décorations. Ce spectacle eut un grand succès. I^'opéra a fait tomber absolument toutes les pièces de ce genre; et quand même nous n'eussions point eu d'opéra, P-^ndromède ne pouvait se soutenir quand le goût fut perfectionné.
Andromède était un si beau sujet d'opéra que, trente- deux ans après Corneille, Quinault le traita sous le titre de Persée. Ce drame lyrique de Quinault fut, comme tout ce qui sortait alors de sa plume, tendre, ingénieux, facile. On retenait par cœur presque tous les couplets, on les citait, on les chantait^ on en faisait mille applications. Us soutenaient la musique de Lulli, qui n'était qu'une déclamation notée, appropriée avec une extrême intelligence au caractère de la langue : ce récitatif est si beau, qu'en paraissant la chose du monde la plus aisée, il n'a pu être imité par personne. Il fallait les vers de Qui-
nault pour faire valoir le récitatif de Lulli, qui demandait des acteurs plutôt que des chanteurs. Enfin Quinauit fut sans contredit, malgré ses ennemis, et malgré Boilcau, au nombre des grands hommes qui illustrèrent le siècle éternellement mémorable de Louis XIV.
Madame,
C'est vous rendre un hommage Iiien secret fjue de vous le rendre ainsi, et je m'assure que vous aurez de la peine vous-même à reconnoître que c'est à vous à qui je dédie cet ouvrage. Ces quatre lettres hiéroglyphiques vous embarrasseront aussi bien que les autres, et vous ne vous apercevrez jamais quelles pailent de vous jusqu'à ce que je vous les explique ; alors vous m'avouerez sans doute que je suis fort exact à ma parole, et fort poncltiel à lexéculion de vos commandements. Vous l'avex voulu, et j'obéis ; je vous l'ai promis, et je m'acquitte. C'est peutêtre vous en dire trop pour un homme qui se Veut cacher quelque temps à vous-même; et, pour peu que vous fassiez de réflexion sur mes
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dernières visites , vous devinerez à demi que c^est à vous que ce compliment «^adresse. N^achevez pas, je vous prie, et laissez-moi la joie de vous surprendre par la confidence que je vous en dois. Je vous en conjure par tout le mérite de mon obéissance , et ne vous dis point en quoi les belles qualités d^Androméde approchent de vos perfections, ni quel rapport ses aventures ont avec les vôtres ; ce seroit vous faire un miroir où vous vous verriez trop aisément, et vous ne pourriez plus rien ignorer de ce que j'ai à vous dire. Préparez-vous seulement à la recevoir, non pas tant comme un des plus beaux spectacles que la France ait vus , que comme une marque respectueuse de rattachement inviolable à votre service, dont fait vœu,
Madame,
Votre très humble, très obëissaot) et très obligé serviteur,
P. GomNEILLE.