‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 129 sur 248 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Mais ce ri'inéde enfin n est qu'un amusement : Si Ion souffre un peu moins, on craint également; Fa toutes nous tremblons devant une infortune (Jui toutes nous menace avant qu'en frapper une. La peur s'en renouvelle au bout de chaque mois; J'en ai cru de frayeur déjà mourir cinq fois. Déjà nous avons vu cinq beautés dévorées, Mais des beautés , hélas ! dignes d'être adorées , Et de qui tous les traits, pleins d'un céleste feu, Ne cédoient qu'à ma fille, et lui cédoient bien peu; Comme si , choisissant de plus belle en plus belle, Le sort par ces degrés lâchoit d'approcher d'elle, Et que , pour élever ses traits jusques à nous , Il essayât sa force, et mesurât ses coups.

Rien n'a pu jusqu'ici toucher ce dieu barbare; Et le sixième choix aujourd bui se prépare :

On le va foire au temple; et je sens malgré moi Des mouvements secrets redoidïler mon efl'roi. Je fis hier à Vénus offrir un siicrifice.

Qui jamais à mes voeux ne parut si propici-; El toutefois mon cœur à force de trembler Semble prévoir le coup qui le doit accabler.

Vous donc, qui connoissez et mou crime et sa peine, Dites-moi s'il a pu mériter tant de huine , El si le ciel devoit tanl de sévérité Alix premiers mouvements d'un peu de vaiiiU'.

l'EllSKE.

Oui, madame, il est juste; et j'avouerai moi-même Qu'en le blâmant tantôt j'ai commis un blaspbèmt'. Mais vuiis ne voyez pas, dans votre aveuglement,

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Quel grand crime il punit d'un si grand châtiment. Les nymphes de la mer ne lui sont pas si chères Qu'il veuille s'abaisser à suivre leurs colères » ; Et quand votre mépris en fit comparaison , Il voyoit mieux que vous que vous aviez raison. Il venge, et c'est de là que votre mal procède. L'injustice rendue aux beautés d'Andromède 3. Sous les lois d'un mortel votre choix l'asservit! Cette injure est sensible aux dieux qu'elle ravit, Aux dieux qu'elle captive ^ et ces rivaux célestes S'opposent à des nœuds à sa gloire funestes , En sauvent les appas qui les ont éblouis, Punissent vos sujets qui s'en sont réjouis.

Jupiter, résolu de l'ôter à Phinée, Exprès par son oracle en défend Thyménée.

A sa flamme peut-être il veut la réserver; Ou, s'il peut se résoudre enfin à s'en priver, A quelqu'un de ses fils sans doute il ]a destine; Et voilà de vos maux la secrète origine.

Faites cesser l'offense, et le même moment Fera cesser ici son juste châtiment.

CASSIOPE

Vous montrez pour ma fille une trop haute estime,

* Colère n'admet jamais de pluriel.

* On ne rend point injustice, comme on rend justice; c'est un barbarisme; la raison en est qu'on rend ce qu*on doit : on doit;uftice^ on ne doit pas injustice. D'ailleurs il y a beaucoup d'esprit dsai le discours de Persée, mais il n'y a rien d'intéressant : c'est là un des grands défauts de Corneille. Quinault intéresse, quoiqu'il soit presque permis donrgliger cet avantage dans l'opéra.

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