‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 14 sur 248 · TOUS DEUX ENSEMBLE · texte numérisé non relu

TOUS DEUX ENSEMBLE

ie t'ai entendu, j'accours à ta voix.

H£RAGLiUS.r

Je reviens pour savoir....; mais que voi&-je?

LÉONIDE

Je viens savoir.... ; mais qu'aperçois-je?

HERAGLIUS.

Tu aperçois mon ancien habit de peaux.

LÉONIDE

Tu vois aussi le mien.

HÉRACLIUS

Mais ai-je vu ce que j'ai songé?

LEONIDE.

Mais ai-je rêvé ce que j'ai vu?

HÉRACLIUS

Qu'est devenu ce beau palais? où était-il?

LÉONIDE

Qui a emporté cet édifice?

PHOGAS.

De quel palais, de quel édifice parlez-vous? Depuis hier jusqu'à cette heure j'ai couru après mon tigre ; les rochers ont été mon lit ; aujourd'hui j'ai fait ce que j'ai pu pour retrouver le chemin , jusqu'à ce qu'enfin j'ai entendu les cris des bétes sauvages, les aboiements des chiens; j'ai appelé , vous êtes venus ; sûrement Gintia et Libia vous auront dit où j'étais, car elles vous auront trouvés à leur ordinaire au son de la musique. Soyez les bien venus.

TROISIfiME JOUHNÉE. 47

( Tons les chasseur! derrière le théâtre : ) Allons tous , allons tous ; nous les découvrirons ici. (Les dames arrJTenE avec les deux pajsaas gracieux et une suite nombreuse. Les paysans gracieux sont fort étonnés de voir qu'Uéractius el Léonïde n'ont plai leurs beaux habits. }

Qu'aveï-Tous fait, dit un des gracieux, de tous ces ornements, de ces belles plumes, de ces joyaux?

LÊONIDE.

Je n'en sais rien.

(Les daones font des compliments à Phocas sur Je bonheur i[u'il a en d'échapper au tigre. Les deux paysans gracieux soutiennent à Héracliue et à Léonide qu'ils les ont vus dans un lieau palais ; ni l'un ni l'autre n'en veut convenir. )

FHOCAS.

Quoi qu'il en soit de ce palais

qui s

ans doute est un

enchantement, j'ai déjà dit quej'a

mieux vo

s faire

du bien à l'un et à l'autre, que de

me V

nger de 1

un des

deuï; allons-nous-en dans un autr

epala

s,oiivou

schan-

gérez vos vêtements de sauvages e

nhab

ts royaux

, etoù

nous ferons des festins et des réjoL

issanc

es.

LÉONinE.

ciel! sera-ce une fiction? et

ce que nous av

ons VU

clait-il une vérité? Quel est le ce

rtain ?

quel est

'incer-

tain? je n'y conçois rien ; mais n'i

nport

e, allons-nous-en

et bien

servis : que ce soit une vérité ou u

mensonge , qui jouit ,

jouit; soit que les choses soient

vraies

ou non

je me

jette à tes pieds , je baise ta main

pour

'honneur

que je

reçois.

PUOCAS.

Léonide parle très saj;oHient. Et toi ,

Héraclius

ne me

remercies-tu pas aussi des grâces que je

efais?

HÉBACLIU

Non, seigneur; quand je vois i

le h i

l'email

^ Tyr ne causent que des peines, et que les pompes royales sont si passagères qu'on ne sait pas si elles sont un mensonge ou une vérité , je vous prie de me rendre à ma première vie. Habitant des montagnes, compagnon des bétes sauvages, citoyen des précipices, je n'envie point ces grandeurs qui paraissent et qui disparaissent, et qu'on ne sait si elles sont vraies ou fausses.

PHOGAS.

Je ne t'entends point.

HÉRAGLIUS.

Et moi je m'entends un peu.

(Le vieil Astolphe et Lisippo arrivent^ et s'arrêtent an fond âa

théâtre.)

ASTOLPHE

J'ai su que Léonide et Héraclius étaient avec Phocas } je viens les voir, mais je n'ose approcher.

Lisippa Je veux savoir quel parti ils auront pris , et je vais de ce côté.

PHOCAS, à Héraclius* Eh bien, ingrat, tu méprises donc mes bontés?

HÉRAGL1U8.

Non, j'en fais tant de cas que je ne veux pas les exposer à lui nouveau danger. Je me jette à tes pieds , je te supplie de m'éloigner de toi : mon ambition ne veut d'autre royaume que celui de mon libre arbitre.

PHOGAS.

N'est-ce pas agir en désespéré au mépris de mon honneur?

HÉRAGLIUS.

Non, seigneur, il ne s'agit que du mien.

PHOGAS.

Tes refus sont une preuve de ta trahison. Que fais-je? je réprime ma colère.

Quelle trahison pouvuz-vouï avoir découverte en lui, puisqu'il arrive toul-ii-riieure ?

Va, ingrat, puisque tu abhorres mes faveurs, je vois bien que tu es le fîls de mon ennemi.

HÉKACLIUS.

Eh bien ! c'est la vérité -, i^t puisque tu âais le secret d'un

prodige que je ne puis comprendre , que je me perde ou

I non, je suis le fils de Maurice, et je m'enorgueillis à tel

! point d'un si beau titre, que je te dirai mille fuis que Mau-

I rice est mon père.

Je m'en doutais assez; mais de qui le

ais-tu?

HÉRACIIVS.

D'un témoin irréprochable; c'est Cin

ia qui me l'a dit.

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