‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 16 sur 248 · UN DES PAYSANS GRACIEUX · texte numérisé non relu

UN DES PAYSANS GRACIEUX

Il faut que le diable s'en mêle ; il est déchaîné.

PHOCAS

Puisque cette confusion aug^mente, venons à bout de sortir de ce profond abyme. — Astolphe , j'ai voulu sa^ voir ton secret ; j'ai employé des moyens qui m'ont instruit. On m'a appris qu'être Héraclius c'est être fils de Maurice.

TROISIÈME JOURNÉE. 5i

ASTOLPHE

Ce serait donc la première vérité que le mensonge aurait dite.

PHOCAS

Mais afin qu'il ne reste aucun scrupule dans l'esprit de liéonide, explique-toi clairement.

ASTOLPHE

Seigneur, puisque vous le savez , que puis-je dire ?

GINTIA.

Et toi, traitre Lisippo , pourquoi viens-tu ici?

Lisippo, à Phocas.

Seigneur, je vois la colère de la divinité pour laquelle je gardais le silence. Ses sourcils froncés me menacent ; il n'est plus temps de feindre : Léonide est votre fils ; c'est assez que je Faffirme, et qu'Astolphe ne le nie pas.

PHOCAS

Cest plus qu'il ne faut. Mes vassaux, mes sujets, Léonide est votre prince.

TOUS LES ACTEURS Crient:

Vive Léonide !

PHOCAS

Vive Léonide, et meure Héraclius !

CINTIA.

Arrêtez.

PHOCAS

Prétendez-vous empêcher la mort d'Héraclius?

CINTIA.

Oui, je l'empêche ; il est venu sur votre parole et sur la

jiiienne, il faut la tenir; et si vous voulez le faire mourir,

lencez par enfoncer votre poignard datis mon sein.

PHOCAS

Qudle parole ai-je donc donnée ?

CINTIA.

De ne le faire mourir, ni de l'emprisonner.

PHOCAS

Eh bien ! pour vous et pour moi j'accomplirai ma promesse. Allez, vous autres; faites démarrer cette barque qui est sur la rive, percez-en le fond. — Madame, je le laisserai vivant, puisque je ne lui donne point la mort; il ne sera point prisonnier, puisque je l'envoie courir la' mer à son aise. Allez, qu'on Penléve, qu'on le mette dans cette barque.

H£RAGLius, aux gcTis de Phocas.

Non , rtistres , non , point de violence. J'irai moi-même à mon tombeau , puisque mon tombeau est dans ce bateau. Adieu, Cintia, charmant prodige, le premier et le dernier que j'ai vu. Adieu, Astolphe, mon père, je vous laisse au pouvoir de mon ennemi , qui en mentant a dit It vérité , et qui a dit la vérité en mentant'.

PHOCAS

Espère mieux , et vois si j'ai de la compassion. Je ne t'envie point la consolation d'être avec cet Astolphe qui t'a servi de père. Qu'on entraine aussi ce malheureux vieillard.

ASTOLPHE

Allons , mon fils , je ne me soucie plus de la vie , puis-^ que je vais mourir avec toi.

CINTIA.

Quelle pitié !

LIBIA.

Quel malheur !

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