ACTE I, SCftNE H. tn
Et cjue, si votre orguoil s'obstine ù me haïr, Qui ne peut être aimé se peut faire obéir.
pi!LCMt:niE.
J'ai rendu jusqu'ici cette reconnoissance A ces soins tant vantés d'élever mon eufancet ', Que, tant qu'on m'a laissée en quelque libellé. J'ai voulu me défendre avec civilité' ; ilais, puisqu'on use eufin d'un pouvoir tyrannique, Je vois bien qu'à mon tour il faut que je m'explique, Que je me montre entière â l'injuste fureur^. Et parle à mon tyran en fille d'empereur.
Il falioit me cacher avec quelque artifice Que j'étois Pulchérie, et fille de Maurice'!,
liifaire de force est un contre-sena : on se fait obéir de grd ou lie force; mais on ne se satisfait pas de force. Pliocaa entenil qn'il réduira de grc ou de force Puichérie; mais il ne le dir pas,
' Cela n'est pas français : on ne rend point nne reronn^issnncc: 3 des soins, on a de la reconnaissance, on la u'aioi|;ne, on la l'on-
■ Que.... jai voulu, elc. C'est encore une faute contre la langue. Jvec civilité est du ion de la eoiupdie.
' Il faudrait n la fureur de, etc.; on ne pourrait dire n la fureur généralement que dans un cas tel i]ue celui-ci: la fermeté brai-i: la furvur. L'épilhtte d'injuste est faible et oiseuse avec le mot /ii-
it marier Pulchérie à l'héritier de Tempire.
' Sans eïaminer ici le style, je demande si une jeune personne élevée par un empereur peut lui parler arec i!etle arrogance : on iia traite point ainsi son maitre dans sa proprt maison. Voyez comme Josahet parle à Âtltaliej elle lui fait senlîr tout re (ju'ellr pense; cette retenue habile et louchante fait beaucoup plus d'imimsHon que des injures. Electre aux fers, n'ayant rien à mr'na- I gefipenl éclater en reproches; m.iis Pulchérie, bien irailci' , doit-
io4 HÉRACLIUS-
Si tu faisois dessein de m'éblouir les yeux»
Jusqu'à prendre tes dons pour des dons précieux*. Vois quels sont ces présents, dont le refiis t'étonne: Tu me donnes, dis-tu, ton fils et ta couronne; Mais que me donnes-tu, puisque lune est à moi^,
fille s'emporter tout d*un coup? peut-elle parler en souveraÎDe? Un sentiment de douleur et de fierté , qui échappe dans ces occasions , ne fait-il pas plus d'effet que des violences inutiles? Ce n'est pas que j*ose condamner ici Pulchérie ; mais, en ^[âiëral, ces tyrans qu'on traite avec tant de mépris dans leurs palais, an milieu de leurs courtisans et de leurs gardes , sont des personnages doDt le modèle n'est pas dans la nature.
' Gela n'est pas français : on ne /ait pas dessein; on a dessein.
* Il semble que ce soit Phocas qui prenne ses dons pour des dons précieux : il fallait , pour l'exactitude, jusqu'à me faire prendre tes dons pour des dons précieux.
3 Non, assurément, jamais femme n'a été héritière de l'empire romain. Pulchérie a moins de droit au trône que le dernier officier de l'armée*; il ne lui sied point du tout de dire : // esta moi ce tr$ne; cest a moi d^y voir tout le monde à mes pieds. Elle lui propose de laver ce trône avec son sang : j'observerai que si un trône est teint de sang, il n'est point lavé de sang. Si elle prétend qu'on lave un trône teint du sang d'un empereur avec le sang d'on autre empereur, elle doit dire, lavé par le tien, et non du tien. Elle répète ce mot encore, le bourreau de mon sang. Elle dit qu'elle a le cœur franc et haut : ou doit bien rarement le dire ; il faut qoe cette hauteur se fasse sentir par le discours même. On a déjà remarque que l'art consiste à déployer le caractère d'un personnage et tous ses sentiments par la manière dont on le fait parler, et non par la manière dont ce personnage parle de lui-même.
* L'empire romain était électif, et presque toujours à la discrétioa des légions , qui n'attendaient le suffrage ni du peuple , ni du sénat : cependant on vit souvent les enfants , et même les femmes et les sœurs des empereurs, disposer de l'empire après eux. Ainsi Pulchérie, soeur de Théodose H, en disposa en faveur de Marlian , qu'elle éleva au trône en l'épousant. Dans Itf