ACTE I, SCÈNE II. lo
Et l'autre en est indigne, étant sorti de toi? Ta libéralité me fait peine à comprendre :
Tu parles de donner, quand tu ne fais que rendre; El puisque avecque moi tu veux le couronner, Tu ne me rends mon bien que pour te le donner. Tu veux que cei hymeo que lu m'oses prescrire Porte dans ta maison les titres de l'empire , Et de cruel tyran, d'infâme ravisseur, Te fasse vrai monarque, et juste possesseur.
Ne reproche donc plus à mon ame indignée Qu'en perdant tous les miens tu m'as seule épargnée : Cette feinte douceur, celle ombre d'amitié, Vint de ta politique , et non de ta pitié.
Ton intérêt dès-lors fit seul cette réserve ' : Tu m'as laissé la vie afin qu elle te serve; Et mal siîr dans un trône où tu crains l'avenir, Tu ne m'y veux placer que pour t'y maintenir; Tu ne m'y fais monter que de peur d'en descendre Mais connois Pulchéric, el cesse de prétendre".
' Faire uae réifree, pour dire épargner les jours d'une princetse; cela n'est pas noble : faire une réserve esl slyle d'affaires.
' Ce verbe prétendre exige abgalnment un régime : ce n'est point un TCrbe neutre; ainsi la phrase n'est point achevée : on pourrai! dire, cessez d'aimer el de hoir, quoique ce soient des -verbes aciifâ, parcequ'en ce cas cela veut dire, cesses d'avoir des senlîmenls d'amauret de haine; mais on ne peut dire, cesses de prétendre , de satii^ire, de secourir.
' W «Dpire , CCI ciemplci deviDrent eutore plus frdqrienis. Irtnir , Zor , Thtgdara, Eudoiie, rcanérem, soîi par ellfs-rDcmes, laii en te cboisiasani *a ifou,. Ceu donc une i^iagcralion de dire que Palchérïe , cenier I)I[r dr ruipcreur Maarice , avait muiiiE Sr ilroili ù l'empire qnc k dernier ofli- "tt dt titmie. P.
io6 HÉRACLIUS.
Je sais qu'il m'appartient ce trône où tu te sieds, Que c est à moi d y vqir tout le monde à mes pieds : Mais conune il est encor teint du sang de mon père, S'il n est lavé du tien, il ne sauroit me plaire ; Et ta mort, que mes vœux s'efforcent de hâter. Est l'unique degré par où j'y veux monter.
Voilà quelle je suis , et quelle je veux être. Qu'un autre t'aime en père, ou te redoute en maître, Le cœur de Pulchérie est trop haut et trop franc Pour craindre ou pour flatter le bourreau de son sang.
PHOCAS
J'ai forcé ma colère à te prêter silence».
Pour voir à quel excès iroit ton insolence :
J'ai vu ce qui t'abuse et me fait mépriser, Et t'aime encore assez pour te désabuser.
N'estime plus mon sceptre usurpé sur ton père,
' Cette réponse ne fait-elle pas yoir que Phocas ne devait pas se laisser braver ainsi*? Le moyen de parler encore à qnelqu'nn qui vient de vous dire qu il ne veut que votre mort? Comment Phocas peut-il encore raisonner amiablement avec Pulchérie après une telle déclaration? est-il possible qu'il lui propose encore son fils?
* Phocas ménage ici Pulchérie , parceqn'il a mi grand intérêt poiidqoe à la ménager. Elle est fille de Maurice , dont la mémoire est chère au peuple; et, en loi faisant épouser son fils, Phocas croit qu'il légitimerait, co quelque sorte , son usurpation. C'est ainsi que , dans la tragédie d'Ormie, Égysthe se laisse braver par Electre , dans l'espérance de hii faire épouser son fils , jk qui Electre apporterait en dot le grand nom d'Âgaroemnon , dont eDe est la fille , et dont Égysthe a usurpé le trône. Notes qu'Electre ne le traite pas avec plus ^égards que Pulchérie n'en montre ici à Phocas. Il est vrai qu'Electre est dans les fers , et que ses emportements , comme Voltaire vient de le dire , paraissent plus motivés que ceux de Pulcliérie. P.