ACTE I, SCÈNE II
^i que pour Tappuyer ta main soit nécessaire.
Depuis vingt ans je régne, et je régne sans toi;
It j'en eus tout le droit du choix qu on fit de moi.
liC trône où je me sieds n est pas un bien de race :
L'armée a ses raisons pour remplir cette place;
>on choix en est le titre ■ ; et tel est notre sort
[Qu'une autre élection nous condamne à la mort.
Celle qu'on fit de moi fut Tarrét de Maurice;
J'en vis avec regret le triste sacrifice :
Au repos de l'état il fallut l'accorder;
Mon cœur, qui résistoit, fut contraint de céder:
Mais pour remettre un jour l'empire en sa famille
Je fis ce que je pus, je conservai sa fille,
Et, sans avoir besoin de titres ni d'appui, Je te fais part d'un bien qui n étoit plus à lui.
PULCTIÉRIE.
Un chétif centenier des troupes de Mysie, Qu'un gros de mutinés élut par fantaisie^,
' Un bien de race, une aitnée qui a ses raisons ^ un choix tfui est le titre d*une place ^ toutes expressions plates ou obscvrcs. Pho> cas d'ailleurs a très grande raison de dire à cette Pulcli(frie que le trône de l'empire romain ne passe point aux filles; mais il devait le dire auparavant , et mieux.
' Encore une fois , on ne parle point ainsi à un empereur romain reconnu et sacré depuis long-temps : il peut avoir passd par tons 'ei^des militaires, comme tant d'autres empereurs, et comme înéodose lui-même, sans que personne soit en droit de le lui reprocher. Mais ce qui parait plus rcpréhensible, c'est que tant ^uijores et tant de mépris doivent absolument ôter à Phocas lenrie de donner son fils à Pulchërie, puisqu'il ne croit pas qu'Hrnding soit en vie , et qu'il n'a pas un intérêt pressant à marier son fils avec une fille qui n'aime point le fils, et qui outrage le
io8 HÉRACLIUS.
Oser arrogamment se vanter à mes yeux
D'être juste seigneur du bien de mes aïeux!
Lui qui n a pour Tempire autre droit que ses crimes
Lui qui de tous les miens fit autant de victimes.
Croire s'être lavé d'un si noir attentat
En imputant leur perte au repos de 1 état!
Il fait plus, il me croit digne de cette excuse!
Souffre, souffre à ton tour que je te désabuse :
Apprends que si jadis quelques séditions
Usurpèrent le droit de ces élections,
L'empire étoit chez nous un bien héréditaire;
Maurice ne l'obtint qu'en gendre de Tibère;
Et l'on voit depuis lui remonter mon destin
Jusqu'au grand Théodose, et jusqu'à Constantin'.
Et je pourrois avoir l'ame assez abattue.... *
PHOCAS
Eh bien! si tu le veux, je te le restitue Cet empire, et consens encor que ta fierté Impute à mes remords Teffet de ma bonté 3.
père, n ne sera peut-être pas inutile de remarquer ici que saint Grégoire-le-Grand écrivait à ce même Phocas, Benignitatem pietatis vestrœ ad impériale fastigium pervenisse gaudemus. Nous ne prétendons pas que Pulchërie dût imiter la lâche flatterie de ce pape; ce n'est qu'une note purement historique.
' Il fallait, lui qyii neut à V empire autre droit que ses crimes; on n'a point des droits pour^ mais des droits h; c'est un solécisme.
* La race, le sang,. la maison, la famille, remonte à une tige, à Constantin ; mais le destin ne remonte pas *,
' Un homme doux et faible pourrait parler ainsi ; mais notandi
^ L'expression que Voltaire reprend est très usitée et très noble cp poésie. P.