‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 49 sur 248 · LÉONTINE, EUDOXE · texte numérisé non relu

LÉONTINE, EUDOXE

LÉONTINE

Voilà ce que j'ai craint de son ame enflammée'*

EUDOXE

S'il m'eût caché son sort, il m'auroit mal aimée'.

LÉONTINE

Avec trop d'imprudence il vous l'a révélé.

Vous êtes fille, Eudoxe, et vous avez parlé*: Vous n'avez pu savoir cette grande nouvelle Sans la dire à l'oreille à quelque ame infidéle4;

' Le spectateur ne peut savoir d'abord que c'est Léontme qui parle, et que c'est cette même Léontine, autrefois gouyemante d'Héraclius et de Martian; il serait peut-être mieux qu'on en fût informé d'abord. Il faut que tous ceux qui assistent à une pièce de théâtre connaissent tout d'un coup les personnages qui se pré> sentent, excepté ceux dont l'intérêt est de cacher leur- nom.

* Qui? de qui parle-t-elle? c'est une énigme. Mal aimée ^ expression trop triviale.

^ On voit assez que cela est trop eomique. Corneille a-t-il youIu faire parler cette ^uvernante comme une bourgeoise qui a conservé le ton bourgeois à la cour? Gela est absolument indigne de la tragédie.

^ Voilà la même faute; et dire à V oreille a une ame! on ne peut s'exprimer plus mal.

HERACLIUS. 135

A quelque esprit léger, ou de votre heur Jaloux, A qui ce grand secret a pesé comme à vous.

C'est par là qu'U est su , c'est par là qu'on publie Ce prodige étonnant d'Héraclius en vie; C'est par là qu'un tyran , plus instruit que troublé De l'ennemi secret qui l'auroit accablé ', Ajoutera bientôt sa mort à tant de crimes^ Et se sacrifiera pour nouvelles victimes Ce prince dans son sein pour son fils élevé, Vous qu'adore son amc, et moi qui lai sauvé.

Voyez combien de maux pour n'avoir su vous taire'.

EUDOXE

Madame, mon respect souffre tout d'une mère, Qui, pour peu qu'elle veuille écouter la raison, Ne m'accusera plus de cette trahison4; Car o'en est une enfin bien digne de supplice'

' Cela n'est pas français, Inslnùt d'un ennemi, troublé d'un, ennemi; ce sont deux barbarismes et deux solécismes à-la-foii

' Par la constmclion, c'est la mort Je Phocas ; par Je sens, c'est celte de Manrice. Il faut que la syntaïe ei le sens soient toujours d'accord.

' Ce vers est encore bourgeois; mais les prêcedeols sont uables, eiacu, bien tournés, foris, précis, et dignes de Corneille.

* Cela De donne pas d'abord une hauie opinion de Léontine. Celle femme, qui conduit loute l'inrrigue, commence par se Irom-

absolument inuiïle pour l'intelligence et pour l'intérêt de la pièce. LéoQline commence son riile par une méprise et par des espresiinns indignes même de la comédie.

' Le mot de supplice parait trop fort : et digne de supplice n'esi

is français ; c'esl un barbarisme.

Qu avoir d^un tel secret donné le moindre incKce '.

LÉONTINE

Et qui donc aujonrd'hui le i^t connoitre à tous? Est-ce le prince , ou moi?

EunoxE.

Ni le prince y ni tous.

De grâce , examinez ce bruit qui vous alarme. On dit qu il est en vie, et son nom seul les charme : On ne dit point comment vous trompâtes Phocas, Livrant un de vos fils pour ce ^nce au tr^ias, Ni connue après, du sien étant la gouvernante, Par une tromperie encor plus importante*, Vous en fttes rechange, et, prenant Martian, Vous laissâtes peur fils ce prince à son tyran; En sorte que le sien passe ici pour mon frère',

* Il faut absolument que édavoir; cest une trahison que éTavoir donné un indice. Trahison qu avoir donné est un solécisme.

' Ces mots, étant la gouvernante auprès* du sîen, et tromperie^ sont comiques et bas , et ne donnent pas de Léontine une assez haute idée. Voyez comme dans Athalie le rôle de Josabet est ennobli, comme il est touchant, quoiqu'il ne soit pas, à beaucoup près , aussi nécessaire que celui de Léontine.

3 Tout ce discours est un détail d*anecdotes. Ciomme étant la gouvernante auprès du sien n est pas français ; en sorte que est trop style d'affaires. Mais Eudoxe, eu voulant éclaircir cette histoire, semble l'embrouiller . Et prenant Martitm , vous laissâtes pour fils cÉ prince à Phocas son tyran , ne peut avoir de sens que celui-ci, vous laissâtes Martian pour fils à Phocas. Laisser quelqu'un pour fils n'est pas d'un style élégant : mais il ne s'agit pas ici d'ël^^ce, il s'agit de clarté. Eudoxe fait croire au spectateur que Martian a passé et passe pour fils de Phocas. L'équivoque vieilt de ce mot

* Voltaire lit auprès ;Jies anciennes éditions portent après*\{Note des éditeurs. )

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