ACTE ÏI, SCENE II. i3r
Veuille avancer par là son juste ckûtimcnt; Que, par un si grand bruit semé confusément, Il dispose les cœurs à prendre \m nouveau maître, Et presse Héi-aclius de se faire cnnnoitre.
C'est à nnus do répondre à ce qu'il rn prétend ' : Montrons Héraclius au peuple qui lattend; Évitons le hasard qu'un imposteur l'aLuse, Et qu'après s'être armé d un nom que je refuse, De mon trône, à l'hocas sous ce titre arraché, 11 ptiisse me punir de métré trop caché.
Il ne sera pas temps, madame, de lui dire Qu'U me rende mon nom, ma naissance, et l'empire, Quand il se prévaudra de ce nom déjà pri.s Pour me joindre au tyran dont je passe pour fils.
LKONTINC.
Sans vous donner ponr chef à rclte populace, Je romprai b il" Il encorre coup, s'il vous menace: Mais gardons jusqu'au bout ce secret important; Fiez-vous plus à moi qu'à ce peuple inconstant. Ce que j'ai fait pour vous depuis votio naissance Semble digne, sei{;ncur, de cette confiance : Je ne laisserai point mon ouvrage imparlàit:
Et bientôt mes desseins amont leur plein effet,
e punirai Phocas, je vengerai Maurice :
Mais aucun n'aura part à ce jjrand sacrifice;
J'en veux toute la gloire, et vous me la devez.
Voua régnerez par moi, si par moi vous vivez,
ît fn prétend tombe sur lli-raclius ; mais ce que Dieu ?n pré- 'est pas supportable. Cr h'rsI pa' ainsi qa'on parle <\p Dieu- KI pas ain>i que Kacïue sVuprlnie Atns Athalie.
Laissez entre mes mains mûrir vos destinées.
Et ne hasardez point le fruit de vingt années.
EUDOXE
Seigneur, si votre amour peut écouter mes pleurs %
Ne vous exposez point au dernier des malheurs.
La mort de ce tyran, quoique trop légitime.
Aura dedans vos mains Timage d'un grand crime ^:
Le peuple pour miracle osera maintenir
Que le ciel par son fils Taura voulu punir;
Et sa haine obstinée après cette chimère
Vous croira parricide en vengeant votre père;
La vérité n aura ni le nom ni Teffet
Que d'un adroit mensonge à couvrir ce forfait;
Et d'une telle erreur l'ombre sera trop noire
Pour ne pas obscurcir l'éclat de votre gloire.
Je sais bien que l'ardeur de venger vos parents....
HÉRACLIUS
Vous en êtes aussi, madame, et je me rends^;
' On écoute des soupirs , on n*ëcoute point des pleurs , on les voit.
* Dernier des malheurs est faible. Trop légitime; ce trop est àe trop. Dedans vos mains; il faut dans.
^ Vous en êtes aussi, c*est une de ces expressions de comédie qu'on est obligé de relever si souvent, mais en ajoutant toujours que c'était le défaut du temps. Si cette expression n'est pas éleyée, le fond du discours d'HéracIius ne l'est pas davantage ; il ne prend aucune mesure , et ne dit rien de grand ; il se borne à ne pas faire éclat (Tun secret y sans le congé de sa gouvernante. Son complinu^^ aux yeux tout divins (TEudoxe , la protestation qu'il n'aspire au trône que par la seule soif d'en faire part à Eudoxe , sont une froide galanterie , telle que celle de César avec Cléopàtre. Ce n'est pas là une passion tragique ; c'est parler d'amour comme on en