‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 58 sur 248 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

EXDPÈRE, LÉONTINE, EUDOXE.

EXUPÈRE

Madame, Hcraclius vient d'être découvert.

LÉONTINE, kEudqxe, Eh bien!

' Parler a moi ne se dit point ; il faut me parler. On peut àm en reproche : parlez à moi, oubliez-vous que voms parlez h moi?

* On prononce Je connais; et, du temps même de GorneilLe, cette diphthongue oi était toujours prononcée ai dans tous les mftarfaits ^ /aurais y je ferais ; auparavant on la prononçait comme toi, soi y loi. Connoi pour connais est une liberté qu ont toujours eue les poètes , et qu'ils ont conservée : il leur est permis doter ou de conserver cette s à la fin du verbe , à la première personne du présent; ainsi on met, je di^ pour Je dis;jefaiy pour Je faisijo,vertiy pour J'avertis; je vai^ pour je vais.

Je vous en averti.

Et, sans compter sur moi, prenez votre parti.

Racine.

' Il est intolérable que cette Léonline reproche toujours à sa fille , en termes si bas et si comiques , une indiscrétion qu Eudoxe n'a point commise : ces reproches sont d'autant plus mal placesque les discours et les actions de Léontine ne produisent rien.

ACTK II, SCEiNii; V iSg

Si....

LÉOSTIJSE.

(àEudoxe.) [àExitpère.] ïaisez-vous. Depuis quand?

EXUPÈRE

Totit-à-riieute

LÉOTINE.

Tj déjà rt'inpcrcur a commandé ([u il meure?

EXUPÉRE.

Le tyran est bien loin de s'en voir éclairci.

LÉONTISi;.

Comment?

EXUPÈRE

Ne craignez rien, nuidnme, le voici.

LÉOSTIKE.

Je ne vois (jue Léonce.

EXurÉnE.

Ah! quittez l'urlifiec.

SCLNE VI.

MARTIAN, LIiOM'INE, EXLJPÈr.E, EUDOXE.

mautian.

Madame, dois-je croire un billet de Maurice?

Voyez si c'est sa main, ou s'il est contrefait; Dites s'il me détrompe, ou m'abuse en eft'et,

'Cest cntoicuiidial(.|;ui;de toincdiu ; inaii le Lunii dill.rJlTi "il frappaiil.

i4o IIÉRACLIUS.

Si je suis votre fils, ou s'il étoit mon père : Vous en devez connoître encor le caractère.

LÉONTINE, lisant « Léontine a trompé Phocas ', ft Et, livrant pour mon fils un des siens au trépas, « Dérobe à sa fureur Théritier de l'empire.

« O vous qui me restez de fidèles sujets, « Honorez son grand zèle, appuyez ses projets! « Sous le nom de Léonce Héraclius respire.

« Maurice. »

{Elle rend le billet à Exupère. ) Seigneur, il vous dit vrai; vous étiez en mes mains Quand on ouvrit Bysance au pire des humains 3. Maurice m'honora de cette confiance;

' G^est ici que rintri(|[ue se Doue plus que jamais ; c'est une cnigme à deviner. Ce Martian , cru Léonce , est-il fils de Maurice 9 ou de Phocas , ou de Léontine ? Le spectateur cherche la vérité ; il est très occupé sans être ému. Ces incertitudes n*ont pu encore produire ces grands mouvements, cette terreur, ce pathétique ^ qui sont Tame de la vraie tragédie : mais nous ne sommes encore qu au second acte. Il semble que Ton aurait pu tirer un bien plu$ grand parti de l'invention de Galdéron ; rien n'était peut-être plus tragique et plus singulier que de voir deux héros , élevés dans \es9 forêts, dans la pauvreté, dans l'ignorance d'eux-mêmes, qui dé^ ploient à la première occasion leur caractère de grandeur : ce sujet , traité avec la vraisemblance qu'exige notre théâtre, aurait reçu de la main de Corneille les beautés les plus frappantes ; mais un biUe^ de Maurice dans les mains de Léontine ne peut faire ce grand effet ^ cela exige des vers de discussion qui énervent le tragique et refroi-* dissent le cœur : aussi la pièce est jusqu'à présent plutôt une affaire difficile à démêler qu'une tragédie.

' On sent bien qu'il fallait une expression plus noble que pim^ des humains.

Acrr: ii, scènk vi. t.fi

Mon zélc y lépoiidil par-delà sa cioyance.

Le voyant prisonnier et ses quatre autres Gis, Je cacbai quelques jours ccquilm'avoit commis; Mais enfin, toute prête à me voir découverte, Ce zèle sur mon sany détourna votre perte'.

J'allai pour vous sauver vous offrir à Pliocas; Mais j'offris votre nom, et ne vous donnai pas'. La généreuse ardeur de sujette fidèle Me rendit pour mon prince à moi-même cruellf : Mon fils fut, pour mourir, le fils de l'empereur. J'éblouis le tyran , je trompai sa fureur :

Léonce, au lieu de vous, lui servit de victime.

{Elle fait un soupir.) Ah! pardonnez, de grâce; il m échappe sans crime'. J'ai pris pour vous sa vie, et lui rends un soupiri; Ce n'est pas trop, seigneur, pourim tel souvenir : A cet illustre effort par mon devoir réduite, J'ai dompté la nature, et ne l'ai pas détruite.

Phocas, ravi de joie ù cette illusion, Me combla de faveurs avec pi-ofiision,

' Gg vers est trop obscur. Coinnieiil détour ne-l-oii la \-,n\o il i.n

* Cette subtilité affaiblit le palhiilique de l'image.

' Cela ne serait pas souffert à présent. Il e'iail aisé lie mettre. fflrJonnei ce soupir, il m'échappe sans ciime. Le mal est que n sonpir d'une mûre est accompagoé d'une diaEÎmulaliun ipiî nft'^ti "lit tout aentiment tendre. Léontîne ne se montre jusqu'ici qu'iiui jiitrigante qui a voulu jouer un rùle à quelque [iris que ce fui.

Et nous fît de sa main cette haute fortune % Dont il n'est pas besoin que je jvoUs importune.

Voilà ce que mes soins vous laissoient ignorer; Et j'attendois, seigneur, à vous le déclarer, Que, par vos grands exploits, votre rare vaillance Pût faire à Funivers croire votre naissance, Et qu'une occasion pareille à ce grand bruit Nous pût de son aveu promettre quelque fruit* : Car, comme j'ignorois que notre grand monarque^ En eût pu rien savoir, ou laisser quelque marque, Je doutois qu'un secret, n'étant su que de moi, Sous un tyran si craint pût trouver quelque foi.

EXUPÈRE

Comme sa cruauté, pour mieux gêner Maurice, Le fbrçoit de ses fils à voir le sacrifice 4,

' De sa main est de trop.

* Rien n'est plus obscur que ces vers. Qu'est-ce qu'une occasion pareille à un bruit qui peut promettre quelque fruit d'un aveu? l'aveu de qui? l'aveu de quoi ? Ne cessons de dire, pour l'instruction des jeunes gens, que la première loi est d'être clair.

3 11 n'est pas permis d'écrire avec celte négligence en prose; a plus forte raison en vers.

Notre grand monarque

En eût pu rien savoir, ou laisser quelque marque....

Quel style ! il veut dire, J'ignorais que Maurice avait pu laissa quelque marque h laquelle on pût reconnaître son fils.

* Forcer un père à voir égorger ses enfants , est-ce 1^ simplerocï^^ le gêner? n'est-ce pas lui faire souffrir un supplice affreux? Q**® le mot propre est rare ! mais qu'il est nécessaire !

Martian, qui s'est toujours cru fils de cette femme, et qui se v^i^ en un instant fils de l'empereur Maurice, demeure muet dans i»^^ telle conjoncture; ce qui n'est ni vraisemblable, ni théâtral. Jusqu *^*

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