‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 84 sur 248 · ACTE IV, SCÈNE IV. i8î · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV. i8î

Que deux fois Léontine osa tromper ton père; Et) semant de nos noms un insensible abus S Fit un faux Martian du jeune Héraclius.

PHOGAS.

Maurice te dément, lâche ! tu n as qu'à lire : « Sous le nom de Léonce Héraclius respire. »

Tu fais après cela des contes superflus >.

HÉRACLIUS

Si ce billet fut vrai, seigneur, il ne Test plus 3. J^étois Léonce alors, et j ai cessé de Fêtre Quand Maurice immolé n en a pu rien connoitre» S'il laissa par écrit ce qu'il avoit pu voir, Ce qui suivit sa mort fiit hors de son pouvoir. Vous portâtes soudain la guerre dans la Perse, Où vous eûtes trois ans la fortune diverse :

Cependant Léontine, étant dans le château

' Semer un abus des noms ne peut se dire. Ces expressions, aussi obscures que forcées, se rencontrent souyent; mais la situation empêche qu on ne remarque ces petites fautes an théâtre. Tous les esprits sont en suspens. Qui des deux est Héraclius? Qui des deux va périr? Rien n*est plus intéressant ni plus terrible.

* Quoique les expressions les plus simples deviennent quelquefois les plus tragiques par la place où elles sont , ce n*est pas en cet endroit; c'est quand elles expriment un grand sentiment. Des contes est ignoble.

^ Cest encore une énigme , ou plutôt un procès par écrit. Il faut >Q quatrième acte essuyer encore une ayant-scène, informer le spectateur de tout ce qui s*est passé autrefois ; mais cette explication même jette tant de trouble dans Famé de Phocas, et rend le sort de Martian si douteux , qu'elle devient un coup de théâtre paur les esprits extrêmement attentifs.

Reine de nos destins et de notre berceau',

Pour me rendre le rang qu'occupoit votre race'.

Prit Martian pour elle, et me mit en sa place.

Ce zélé en ma faveur lui succéda si bien.

Que vous-même au retour vous n en connûtes rien;.

Et ces informes traits qu à six mois a Fenficince

Ayant mis entre nous fort peu de différence.

Le foible souvenir en trois ans s'en perdit:

Vous prîtes aisément ce qu'elle vous rendit.

Nous vécûmes tous deux sous le nom l'un de l'autre;

Il passa pour son fils, je passai pour le vôtre;

Et je ne jugeois pas ce chemin criminel

Pour remonter sans meurtre au trône paternel.

Mais voyant cette erreur fatale à cette vie

Sans qui déjà la mienne auroit été ravie,.

Je me croirois, seigneur, coupable infiniment

Si je souffrois encore un tel aveuglement.

Je viens reprendre un nom qui seul a fait son crime.

Conservez votre haine, et changez de victime.

Je ne demande rien que ce qui m'est promis :

Perdez Héraclius, et sauvez votre fils 3.

' On n'est point reine d'un destin , encore moins d'un bercéaa*- ' On ne peut se servir de race pour signifier ^/s. On désirerait dans toute cette tirade un style plus tragique et plus noble.

^ C'est encore un refrain : on y voit peut-être encore trop d'apprêt. L'auteur se complaît à dire par ce refrain le mot de l'énigme. Je crois cependant que cette répétition est ici mieux placée qne

* Par la contexture de la pièce , Léoniine , depuis l'instant de leur natfsance , est en effet souveraine maîtresse de leur sort; et c'est ce que le mot reine nous paraît exprimer très poétiquement. P.

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