‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La Harpe (volume 4)Chapitre 88 sur 248 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

PHOCAS

lélas ! je ne puis voir qui des deux est mon fils ' ; Ht je vois que tous deux ils sont mes ennemis, în ce piteux état quel conseil dois-je suivre? ['ai craint un ennemi, mon bonheur me le livre; \e sais que de mes mains il ne se peut sauver, (e sais que je le vois , et ne puis le trouver.

iveu; et aveu n'est pas ici le mot propre, puisque Ifëraclius regarde cette confidence comme une feinte.

Avertissons toujours que ces fautes contre la langue sont parr donnables à Corneille.

Boileau a dit, et répétons encore après lui :

Sans la langue , en un mot , rautenr le plus divin Est toiqoars , quoi qu'il fasse , un méchant écrivain.

Cela est vrai pour quiconque est venu après Corneille, mais non pas pour lui, non seulement à cause du temps où il est venu, mais à cause de son génie.

' Ce que Phocas dit ici est bien plus intéressant que dans Cal- Uton; et les quatre derniers beaux vers, O malheureux Phocas! font, je crois, une impression bien plus touchante, parce qu'ils sont mieux amenés. Phocas, dans l'espagnol, dit aux deux princes, £s'tu mon fils? tous deux répondent à-la-fois, non; et c'est à ce iQot que Phocas s'écrie, O malheureux Phocas! 6 trop heureux Maurice! etc.

Cette manière est fort belle, j'en conviens ; mais n'y a-t-il rien <letrop brusque? Ces quatre beaux vers de Caldéron ne sont-ils pas ^ jeu d'esprit? Il trouve d'abord que Maurice a deux fils, et que Hii n'en a plus : cette idée ne demande-t-elle pas un peu de prépa- '^tion? Quand les deux enfants ont répondu non^ la première i^kose qui doit échapper à Phocas n'est-ce pas une expression de Couleur, de colère, de reproche? J'avoue que le non des deux ^linces est fort beau , et qu'il convient très bien à deux sau- ^^es comme eux.

On peut dire encore que pour vivre après foi, pour régner après

192 HÉRÂCLIUS.

La nature tremblante, incertaine, étonnée, D'un nuage confus couvre sa destinée :

L assassin sous cette ombre échappe à ma rigueur, Et, présent à mes yeux, il se cache en mon cœur. Martian! A ce nom aucun ne veut répondre.

Et Tamour paternel ne sert qu'à me confondre. Trop d'un Héraclius en mes mains est remis; Je tiens mon ennemi, mais je n'ai plus de fils. Que veux-tu donc, nature, et que prétends-tu feire? Si je n'ai plus de fils, puis-je encore être père? De quoi parle à mon cœur ton murmure imparfait? Ne me dis rien du tout, ou parle tout-à-fait'. Qui que ce soit des deux que mon sang ait fait naître^ Ou laisse-moi le perdre, ou fais-le-moi connoître.

moi^ n'a pas Ténerçie de l'espagnol; ces deux fins devers,api^ tôt, après moi, font languir le discours*. Galdéron est bien phu précis :

Àh, venturoso Mauricîo!

Ah, infèlit Phocas quien vio Que para reynar no quiara Ser hijo de mi valor Uno , y que quieran del tuyo Serlo para morir dos.

' Ces deux beaux vers de cette admirable tirade ont été imilÀ par Pascal, et c'est la meilleure de ses pensées. Gela fait bien Toir que le génie de Corneille , malgré ses négligences fréquentes, a tout créé en France. Avant lui , presque personne ne pensait arec force , et ne s'exprimait avec noblesse.

* Nous ne pensons point du tout comme Voltaire : non seulement , comiw il l'observe lui-même , les quatre vers de Corneille sont beaucoup oêSêi amenés que ceux de CaldeVon, mais ils sont aussi beaux qu'ils pnismt 1 être , parfaitement beaux , sans aucune restriction. P.

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