‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 103 sur 285 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

DOMITIE, ÏITE, FLAVIAN, l'LAUTINE.

Je viens savoir de vous, seigoeiir, ve que je suis.

J'ai votre foi pour gajje, et mes aïeux pour marques

Du grand droit de prétendre an plus grand des monarques ;

Mais Bérénice est belle, et des yeux si puissants

Renversent aisément des droits si languissants.

Ce grand jour quidevoit unir mon sort au vôtre,

Servira-t-il, seigneur, au triomphe d'une autre?

TITE

J'ai quatre jours encor pour en délibérer,

Madame; jusque-là laissez-moi respirer.

C est peu de quatre jours pour un tel sacrifice;

Et s'il faut à vos droits immoler iiérénice.

Je ne vous réponds pas ([ue Home et tous vos droits

Puissent en quatre jours m'en imposer les lois.

DOMITIF).

Il n'en faudroit pas tant, seigneur, pour vous résoudre A lancer sur ma tête un dernier coup de foudre, Si vous ne craigniez point qu'il rejaillit sur vous.

Suspendez quelque temps encor ce grand courroux. Puis-je étouffer si tôt une si belle flamme?

DOMITIE.

Quoi ! VOUS ne pouvez pas ce que peut une femme? I Que VOUS me rendez mal ce que vous me devez 1

J'ai brisé de beaux fers, seigneur; vous le savez; Et mon ame, sensible à Tamour comme une autre ^ En étouffe un peut-être aussi fort que le vôtre.

TITE

Peut-être auriez-vous peine à le bien étouffer.

Si votre ambition n'en savoit triompher.

Moi qui n'ai que les dieux au-dessus de ma tète ,

Qui ne vois plus de rang digne de ma conquête,

Du trône où je me sieds puis-je aspirer à rien

Qu'à posséder un cœur qui n'aspire qu'au mien^

C'est là de mes pareils la noble inquiétude :

L'ambition remplie y jette leur étude;

Et sitôt qu'à prétendre elle n'a plus de jour,

Elle abandonne un cœur tout entier à l'amour.

DOMITIE.

Elle abandonne ainsi le vôtre à cette reine,

Qui cherche une grandeur encor plus souveraine.

TITE

Non, madame : je veux que vous sortiez d'erreur. Bérénice aime Tite et non pas l'empereur; Elle en veut à mon cœur et non pas à l'empire.

DOMITIE.

D'autres avoient déjà pris soin de me le dire. Seigneur; et votre reine a le goût délicat De n'en vouloir qu'au cœur et non pas à l'éclat. Cet amour épuré que Tite seul lui donne Renonceroit au rang pour être à la personne ! Mais on a beau, seigneur, raffiner sur ce point, La personne et le rang ne se séparent point : Sous les tendres brillants de cette noble amorce

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