‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 11 sur 285 · HONGRIE, FLAVIE · texte numérisé non relu

HONGRIE, FLAVIE

FLAVIE

Je ne m'en défends point: oui, madame, Octar m'aime;

Tout ce que je vous dis , je Tai su de lui-même.

Ils sont rois, mais c'est tout: ce titre sans pouvoir

N'a rien presque en tous deux de ce qu'il doit avoir;

Et le fier Attila chaque jour fait connoître

Que s'il n'est pas leur roi, du moins il est leur maître,

Et qu'ils n'ont en sa cour le rang de ses amis

Qu'autant qu'à son orgueil ils s'y montrent soumis.

Tous deux ont grand mérite, et tous deux grand courag

Mais ils sont, à vrai dire, ici conune en otage,

Tandis que leurs soldats en des camps éloignés

Prennent l'ordre sous lui de gens -qu'il a gagnés;

Et si de le servir leurs troupes n'étoient prêtes.

Ces rois, tous rois qu'ils sont, répondroient de leurs têtt

Son frère aîné Vléda , plus rempli d'équité ,

Les traitoit malgré lui d'entière égalité ;

Il n'a pu le souffrir, et sa jalouse envie,

Pour n'avoir plus d'égaux, s'est immolé sa vie.

ATTILA. 29

Le sang qu'apriis avoir mis ce prince au tombeau On lui voit chaque jour distiller du cerveau Punit son parricide,et chaque jour vient faire L'n tribut étonnant à celui de ce frère :

Suivant même qu'il a plus ou uioins de courroux, Ce sang forme un supplice ou plus rude ou plus doux, S'ouvre une plus féconde ou plus stérile veine; Et chaque emporteineut porte avec lui sa peine.

IIONORIR.

Que me sert donc qu'on m'aime? et pourquoi ni'engager

A souffrir un amour qui ue peut me venger?

L'insolent Attila me donne une rivale;

Par ce choix qu'il balance il la fait mon égale;

Et quand pour l'en punir je crois prendre un grand roi.

Je ne prends qu'un grand nom qui ne peut rien pour moi

Juge que de chagrins au cneur d'une princesse

Qui hait également l'orgueil et la faiblesse;

Et de quel œil je puis regarder un amant

Qui n'aura que pitié de mon ressentiment,

Qui ne saura qu'aimer, et dont tout le service

Se m'assure aucun bras à me faire justice.

Jusqu'à Rome Attila m'envoie offrir sa foi.

Pour douter dans .son camp entre Ildione et moi. Hélas! Flavie, hélas! si ce doute m'offense, Que doit faire une indigne et haute préféi'ence? Et n'est-ce pas alors le dernier des malheurs, Qu'un éclat impuissant d'inutiles douleurs?

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