SCENE IV
Personne avant Racine n'avait ainsi exprimé ces sentiloents, qu'on retrouve à la vérité dans tous les livres d'amour, et dont le seul mérite consiste dans le choix des mots. Sans cette élégance si fine et si naturelle, tout serait languissant.
Ces vers etlessuivantan'ont pas le mérite qu'on a remarque dans les notes précédentes. Un roi dont les pleurs et tes ioupirs suivent en tous lieux une reine amoureuse d'un au- Ire, est là un fade personnage, qui exprime en vers faibles et lâches un amour un peu ridicule. Si la pièce était écrite de ce ton, elle ne serait qu'une très faible idée en dia- ;s. Plus le héros qu'on fait parler est dans une position désagréable et indigne d'un héros, plus il faut s'étudier à relever par la beauté du style la faiblesse du fonds. Le rôle d'Antiochus ne peut avoir rien de tragique; metteï-y donc pins de noblesse, plus de chaleur et plus d'intérêt, s'il est possible.
En général, les déclarations d'amour, les maximes d'amour, sont faites pour la comédie. Les déclarations de Xipbarès, d'Hippolyte, d'Antiochus, sont de la galanterie, et rien de plus: ces morceaux se sententdu goût dominant ifà régnait alors.
La valeur de Titus surpattoit ma foreur.
Voilà à peu près ce qu'un lecteur éclairé demande. Antiochus se relève^ et c'est un grand art de mettre les louanges de Titus dans sa bouche. Toute cette tirade où il parle de Titus est parfaite en son genre. Si Antiochus ne parlait là que de son amour, il ennuierait, il affadirait; mais tous les accessoires, toutes les circonstances qu'il emploie, sont nobles et intéressantes; c'est la gloire de Titus, c'est un siège fameux dans l'histoire, c'est, sans le vouloir, l'éloge de l'amour de Bérénice pour Titus. Vous tous sentez alors attaché malgré vous , et malgré la petitesse du rôle d' Antiochus. Vous verrez dans l'examen d^ Ariane que l'auteur n'a pu imiter ni l'art de Racine, ni le style de Racine. Les premiers actes d^ Ariane sont une faible copie de Bérénice, Vous sentirez combien il est difficile d'approcher de cette élégance continue et de ce style toujours naturel.
J'oublie en ta faveur un discours qui m*cmtrage.
Voilà le modèle d'une réponse noble et décente; ce n'est point ce langage des anciennes héroïnes de roman, qu'une déclaration respectueuse transporte d'une colère impertinente. Bérénice ménage tout ce qu'elle doit à l'amitié d' Antiochus , elle intéresse par la vérité de sa tendresse pour l'empereur. Il semble qu'on entende Henriette d'Angleterre elle-même parlant au marquis de Vardes : la politesse de la cour de Louis XIV, l'agrément de la langue française, la douceur de la versification la plus naturelle, le sentiment le plus tendre, tout se trouve dans ce peu de vers. Point de ces maximes générales que le sentiment réprouve; rien de trop, rien de trop peu. On ne pouvait rendre plus agréable quelque chose de plus mince.