‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 118 sur 285 · ACTE II, SCÈNE II. iy · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. iy

que simple, toujours avec le mot propre, ou avec des Kgures justes et naturelles, sans lesquelles le mot propre ne serait que de l'exactitude. La réponse de Paulin est un rbef-d'ceuvre de raison et d'habileté; elle est fortifiée par des faits, par des exemples: tout y est vrai, rien n'est cxa- Ijéré; point de eette enflure qui aime à représenter les plus grands rois avilis en présence d'un bourgeois de Itome. Le' discours de Paulin n'en a que plus de force; il annonce l:i disgrâce de Bérénice.

Bacine et Corneille ont évité tous deux de faire trop sentir combien les Romains méprisaient une Juive. lU pouvaient s'étendre sur l'aversion que cette misérable nalioa inspirait à tous les peuples, mais l'un et l'autre ont bien vu que cette vérité trop développée jetterait sur Bérénice un avilissement qui détruirait tout intérêt.

De si belles inaîm ne parait pas di^ne de la traj^édie. Mais il n'y a que ce vers de faible dans cette tirade.

U y a daas presque toutes les pièces de Racine de ces naïvetés puériles; et ce sont presque toujours des confidents qui les disent. Les critiques en prirent occasion de donner du ridicule au seul noui de Paulin, qui fut lou];lemps un terme de mépris. Racine eut mieux fnit d'ailleurs de choisir un autre con^ideni, et de ne point le nommer d'un nom français , tandis qu'il laisse à Titus son nom latin. Ce qui est bien plus di|jne de remarque, c'est que les railleurs sont toujours injustes. S'ils relevèrent les 1 qui échappent à Paulin, ils oublièrent qu'il débite beaucoup d'excellents. Ces railleurs s'épuisèrent ' la Bérénice de Hacine, dont ils sentaient l'extrême nn^ ... ,'i

rite dans le fond de leur cœur. Ils ne disaient rien de celle de Corneille, qui était déjà oubliée; mais ils opposaient l'ancien mérite de Corneille au mérite présent de Racine.

Depuis cinq ans entiers chaque jour je la vois , Et crois toigours la voir pour la première f(HS.

Ces vers sont connus de presque tout le monde ; on en a fait mille applications : ils sont naturels et pleins de sentiment; mais ce qui les rend encore meilleurs, c'est qc^ils terminent un morceau charmant. Ce n'est pas une beauté sans doute de V Electre et de VOEdipe de Sophocle ; mais qu'on se mette à la place de l'auteur, qu'on essaie de faire parler Titus comme Racine y était obligée , et qu'on voie s'il est possible de le faire mieux parler. Le gprand mérite consiste à représenter les hommes et les choses comme elles sont dans la nature , et dans la belle nature. Raphaël réussit aussi bien à peindre les Grâces que les Furies.

Encore un coup , allons , il n'y faut plus penser,

Est une façon de parler trop familière , et presque basse, dont Racine fait trop souvent usage.

Je n'examine point si j'y pourrai survivre.

Cette résolution de l'empereur ne fait attendre qu'une seule scène. Il peut renvoyer Bérénice avec Antiochus , et la pièce sera bientôt finie. On conçoit très difficilement comment le sujet pourra fournir encore quatre actes ; il n'y a point de nœud, point d'obstacle, point d'intrigue. L'empereur est le maître, il a pris son parti, il vent et il doit vouloir que Bérénice parte. Ce n'est que dans les sentiments inépuisables du cœur, dans le passage d'un mouvement à l'autre, dans le développement des plus secrets ressorts de l'ame, que l'auteur a pu trouver de quoi rem-

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