ACTE 1, SCÈNE r. 13c
De ce que mes rivaux ont aiir moi d'avantage. Si vous ne m"y faisiez quel<[u{; destin plus doux, J y mouiTois de douleur d'être indigne de vous; J'y mouiTois à vos yeux en adorant vos charmes : Peut-être essuieriez-vous quelqu'une de mes larmes; Peut-être ce grand cœur, qui n'ose s'attendrir, S'y défendroit si mal de mon dernier soupir.
Qu'un éclat imprévu de duuleur et de flamme Malgré vous à son tour voudroit suivre mon ame. La mort, qui fîniroit à vos veux mes ennuis, Auroit plus de douceur que l'état où je suis. Vous m'aimez; mais, hélas! quel amour est le vôtre. Qui s'apprête peut-être à pencher vers un autre? Que servent ces désirs, qui n'auront point d'eO'et Si votre illustre orgueil ne se voit satisfait? Et que peut cet amour dont vous êtes maîtresse, Cet amour dont le trône a toute la tendresse, Esclave ambitieux du suprême degré, D'un titre qui l'allume et l'éteint à son gré? Ali ! ce n est point par là que je vous considère; Dans le plus triste exil vous me seriez plus chère : Là, mes yeux, sans relâche attachés à vous voir, Feroient de mon amour mon unique devoir; Et mes soins, réunis à ce noljle esclavage, Sauroient de chaque instan tvous rendre un pli'iii hoinma; Pour être heureux auiant faut-il que l'univers Ait place dans un cœur qui ne veut que vos fers; Que les plus dignes soins d'une flamme si pure Deviennent partagés a toute la nature?
Alil que ce cœur, madame, a lieu d'être alarmé
23o PULCHÉRIE.
Si sans être empereur je ne suis plus aimé!
PULCHÉRIE
Vous le serez toujours; mais une ame bien née
Ne confond pas toujours Tamour et Thyménée :
L'amour entre deux cœurs ne veut que les unir;
L'hyménée a de plus leur gloire à soutenir;
Et, je vous l'avouerai , pour les plus belles vies
L orgueil de la naissance a bien des tyrannies :
Souvent les beaux désirs n'y servent qu'à gêner;
Ce qu'on se doit combat ce qu'on se veut donner :
L'amour gémit en vain sous ce devoir sévère.
Ah! si je n avois eu qu'un sénateur pour père!
Mais mon sang dans mon sexe a mis les plus grands cœur
Eudoxe et Placidie ont eu des empereurs :
Je n'ose leur céder en grandeur de courage;
Et malgré mon amour je veux même partage :
Je pense en être sûre, et tremble toutefois
Quand je vois mon bonheur dépendre d'une voix.
LÉON
Qu'avez-vous à trembler? Quelque empereur qu'on nonm Vous aurez votre amant, ou du moins un grand bommi Dont le nom, adoré du peuple et de la cour.
Soutiendra votre gloire, et vaincra votre amour. Procope, Aréobinde, Aspar, et leurs semblables, Parés de ce grand nom, vous deviendront aimables; Et l'éclat de ce rang, qui fait tant de jaloux , En eux, ainsi qu'en moi, sera charmant pour vous.
PULCHÉRIE
Que vous m'êtes cruel, que vous m'êtes injuste D'attacher tout mon cœur au seul titre d'auguste!