‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 143 sur 285 · MARTIAN, JUSTINE · texte numérisé non relu

MARTIAN, JUSTINE

Notre illustre princesse est donc impératrice, Seigneur?

MARTIAN

A ses vertus ou a rendu justice :

I^^on l'a proposée; et, quand je l'ai suivi, J'en ai vu le sénat au dernier point ravi; Il a réduit soudain toutes ses voix en une.

Et s'est débarrassé de la foule importune.

Du turbulent espoir de tant de concurrents Que la soif de régner avoit mis sur les raujjs.

JUSTINK.

Ainsi voilà Léon assuré de l'empire.

MArtTIAN.

Le sénat, je l'avoue, avoit peine à l'élire, Et contre les grands noms de ses compétiteurs, Sa jeunesse eût trouvé d'assez froids protecteurs : Non qu'il n'ait du mérite, et que son grand coui'age Ne se put tout promettre avec un peu plus d'âge; On n'a point vu sitôt tant de rares exploits :

244 PULCHÉRIE

Mais etrexpérience, et les premiers emplois , Le titre éblouissant de général d armée, Tout ce qui peut enfin grossir la renommée, Tout cela veut du temps; et Famour aujourd'hui Va faire ce qu'un jour son nom feroit pour lui.

JUSTINE

Hélas, seigneur!

MARTIAN

Hélas! ma fille, quel mystère T'oblige à soupirer de ce que dit un père?

JUSTINE

L'image de l'empire en de si jeunes mains M'a tiré ce soupir pour l'état que je plains.

MARTIAN

Pour l'intérêt public rarement on soupire.

Si quelque ennui secret n'y mêle son martyre; L'un se cache sous l'autre, et fait un faux éclat; Et jamais, à ton âge, on ne plaignit l'état.

JUSTINE

A mon âge, un soupir semble dire qu'on aime; Cependant vous avez soupiré tout de même, Seigneur; et, si j'osois vous le dire à mon tour....

MARTIAN

Ce n'est point à mon âge à soupirer d'amour.

Je le sais; mais enfin chacun a sa foiblesse. Aimerois-tu Léon?

JUSTINE

Aimez-vous la princesse?

MARTIAN

Oublie en ma faveur que tu l'as deviné,

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