AU LECTEUR
Le nom d'Attila est assez connu, mais tout le monde n'en connoît pas tout le caractère. Il étoit plus homme de tète que de main , tâchoit à diviser ses ennemis, ravageoit les peuples indéfendus, pour donner de la tcrreiif aux autres, et tirer tribut de leur épouvante; et seloit fait un tel empire sur les rois qui ! accompagnoient, que, quand même il leur eût commandé des parricides, ils n'eussent osé lui désobéir. Il est malaisé de savoir quelle étoit sa religion : le surnom de Fléau de Dieu qu'il prenoit lui-même montre qu'il n'en croyoit pas plusieurs. Je l'estimerois arien, comme les Ostrogoths et les Gépides de son armée , n'éloit la pluralité des femmes, que je lui ai retranchée ici. Il croyoit fort aux devins, et c'étoit peut-être tout ce qu'il croyoit. Il envoya demander par deux fois à l'empereur Valentinian sa sœur Ilonorie avec de grandes menaces; et, en attendant, il ép<
lo PRÉFACE
Ildione, dont tous les historiens marquent la beauté, sans parler de sa naissance. C'est ce qui m'a enhardi a la faire sœur d'un de nos premiers rois, afin d'opposer la France naissante au déclin de l'empire. Il est constant qu'il mourut la première nuit de son lAariage avec elle. Marcellin dit qu'elle le tua elle-même; et je lui en ai voulu donner l'idée, quoique sans effet. Tous les autres rapportent qu'il avoit accoutumé de saigner du nez, et que les va]>eurs du vin et des viandes dont il se chargea fermèrent le passage à ce sang, qui, après l'avoir étouffé, sortit avec violence par tous les conduits. Je les ai suivis sur la manière de sa mort; mais j ai cru plus à propos d'en attribuer la cause à un excès de colère qu'à un excès d'intempérance.
Au reste , on m'a presse de répondre ici par occasion aux invectives qu'on a publiées depuis quelque teuips contre la comédie : mais je me contenterai d'en dire deux choses, pour fermer la bouche à ces ennemis d'un divertissement si honnête et si utile: l'une, que je soumets tout ce que j'ai fait et ferai à l'avenir à la censure des puissances, tant ecclésiastiques que séculières, sous lesquelles Dieu me fait vivre ; je ne sais s'ils en voudroient faire autant : l'autre^, que la co-
DE COnKKILLE. m
médîe est assez jiisti Fiée par cette célèbre Irailuction de la niuitié de celles de Térence, que des persounes d'une piété exemplaire et rigide ont donnée au public, et ne rnuroicnt jamais fait, si elles n'eussent jugé qu'on pciu innocciiiiiient mettre sur la scène des tilles engrossées par leui's auianU, et des marcbands d'esclaves à prostituer. Ija nôtre ne souffre point de tels ornements. L'amour en est laine pour l'ordinaire; mais l'amour dans te malliem- ncxcile que la pitié, et est plus capable de puiger en nous cetle passion que de nous en faire envie.
Il n'y a point d'boninic, au snilir de la icprésentalîon du Ciil, qui voulût avoir tué, comme lui, le père de sa mailrcsse, pour en recevoir de pareilles douceurs, ni de fille qui souliaitJtt que son amant eût lue son père, pour avoir la joie de l'aimer en poursuivant sa mort. Les tendresses de l'amour eonleut sont d'une autre nature; et c'est ce qui m'oblige à les éviter, .l'espère un jour traiter crlle lualièic jibis au lonj;, et faire voir quelle erreur c'est de dire (pion pcui faire parler sur le tliéàtre loiUes sorics de gens. selon toute l'cleiiduc de leurs caiaclères.
PERSONNAGES
ATTILA , roi des Huns.
ARDARIC, roi des Gépides.
VALAMIR, roi des Ostrogoths.
HONGRIE, sœur de Fempereur Yalentinian.
ILDIONE, sœur de Mérouée, roi de France.
OCTAR, capitaine des gardes d'Attila.
FLAVIE, dame d'honneur d'Honorie.
Gardes.
La scène est au camp d'Attila , dans la Norique.
ATTILA