‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 29 sur 285 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ATTILA, HONGRIE, OCTAR.

HONORIS

Accepter ses refus! moi, seigneur?

ATTILA

youB,madaméi Peut-il être honteux de devenir ma fe!mme?

Et quand on vous assui*e un si glorieux nom , Peut-il vous importer qui vous en feit le doiï? Peut-il vous importer par quelle voie arrive La gloire dont pour vous Ildione se pHve?

Que ce soit son refus, ou que ce soit mon ^b6ix, • En marcherez-vous moins sur la tête des rois? - • Mes deux traités de paix m ont donné deux princesses, Dont l'une aura ma main, si l'antre eut taei tendresses; L'une aura ma grandeur, eoimme Tàutre eut mes vieux:

ACTIi m, SGKiNK IV. 55

C'est ainsi qu'Attila se parta{;e à vous deux. N'en murmurez, madame, ici non plus que l'autre; Sa part la satisfait, recevez mieux la vôtre; J'en étois idolâtre, et veux vous épouser.

La raison? c'est ainsi qu'il me plail d'en user.

HONOHIE.

Et ce n'est pas ainsi qu'il me plaît qu'on en use :

Je cesse d'estimer ce qu'une autre refuse;

Et, bien que vos traités vous engayeut ma foi,

Le rebut d'Ildione est indifjne de moi.

Oui, bien que l'univers ou vous serve ou vous craigne.

Je n'ai que des mépris pour ce qu'elle dédaigne.

Quel honneur est celui d'être votre moitié.

Qu'elle cède par gi-ace, et m'offre par pitié?

Je sais ce que le ciel m'a faite au-dessus d'elle,

Et suis plus glorieuse encor qu'elle n'est belle.

ATTILA

J'adore cet orgueil, il est égal au mien, Madame; et nos fiertés se ressemblent si bien , Que si la ressemblance est par oii l'on s'entr'aime. J'ai lieu de vous aimer comme un autre moi-même.

Âh! si non plus que vous je n'ai point le cucurbas, Nos fiertés pour cela ne se ressemblent pas.

La mienne est de princesse , et la vôtre est d'esclave : Je brave les mépris, vous aimez qu'on vous brave; Votre orgueil a son foible, et le mien, toujours fort, Ne peut souffrir d'amour dans ce peu de rapport. S'il vient de ressemblance, et que d illustres fbimmes Ne puissent que par elle unir les grandes âmes.

D'oùiiaîtroit cet amolli', quand je vois €ii tons lieux De plus dignes fiertés qui me ressemblent mieux?

ATTILA

Vous pn voypz ici, madame^ et je m'aliuse,

Ou cjuclqiii" autre me vole un cœur qu'on me refuse;

Et cette noble ardeur de me désobéir

En jjardc la conquête à Theureux Valaniir,

Ce nVst qu'à moi, seigneur, que j'en dois rendre Quand je voudrai l'aimer, je le pourrai sans honte: Il est roi coname vous.

ATTILA

lin effet îl est roi, J'en demeure d'accord , mais non pas coni) Même splendeur de sang, même litre nous parc; Mais de quelques degrés le pouvoir nous sépare; Et (lu trône où le ciel a voulu m'affermir Cest tomber d a.ssez liaut que jusqu'à Valamir- Chez ses propres sujets ce titre qu'il étale Ne fait d'entre eux et moi que remplir l'intervalle; Il reçoit sous ce titre et leur porte mes lois; Et s'il est loi des Goths, je suis cdui des rois. i

JIOKOJIIE, 1

Et j'ai de quoi le mettre au-dessus de ta tète, Sitôt que de ma main j'aurai fait sa conquête. Tu n'as pour tout pouvoir que des droits usurpés Sur des peuples surpris et des princes trompés; Tu n'as d'autorité que ce qu'en font les crimes ■ Mais il n'aura de moi que des droits légitimes; Kl t'iit-il sons la rage à tes pieds abattu,

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