ACTE IV, SCÈNE IV
D'autant plus fortement en défendioient l'ùntrée Qu'ils auroient plus â perdre, et qu'un juste courroux K'auroit plus tant de chefs i liguer contre vous. La princesse lldione est orgueilleuse et belle; 11 lui f^ut un mari qui réponde mieux d'elle, Dont tous les intérêts aux vôtres soient soumis, Et ne le pas choisir parmi vos ennemis.
D'uDe fière beauté la haine opiniâtre Donne à ce quelle hait jusqu'au bout à combattre; Et pour peu que la veuille écouter un époux.,..
ATTILA
Il lui faut donc, seigneur, ou Valamir, ou vous; La pourriez-vous aimer? parlez sans flatterie. J'apprends que Valamir est aimé d'Honorie; Il peut de mon hymen concevoir quelque ennui, Etjem'assurerois sur vous plus que sur lui.
AHDAJIIC.
C'est m'honorer, seigneur, de trop de confiance.
ATTILA
Parlez donc, pourriez-vou3 goûter cette alliance?
AHDAIIIC.
Vous savez que vous plaire est mon plus cher souci.
ATTILA
Qu'on cherche la princesse, et qu'on l'améue ici : Je veux que de ma main vous receviez la sienne. Mais dites-moi, de grâce, attendant qu'elle vienne, Par où me voulez-vous assurer votre foi?
Et que seriez-vous prêt d'entreprendre pour moi? Car enfin elle est belle, elle peut tout séduire, Et vous forcer vous-même à me vouloir détruire.
70 ATTILA
ARDAKIC.
Faut-il vous immoler l'orgueil de Torrismond? Faut-il teindre FArar du sang de Sigismond?
Faut-il mettre à vos pieds et Tun et l'autre trône?
ATTILA
Ne dissimulez point, vous aimez Ildione, Et proposez bien moins ces glorieux travaux Contre mes ennemis que contre vos rivaux.
Ce prompt emportement et ces subites haines Sont d'un amour jaloux les preuves trop certaines : Les soins de cet amour font ceux de ma grandeur; Et si vous n'aimiez pas, vous auriez moins d'ardeur. Voyez comme un rival est soudain haïssable, Comme vers notre amour ce nom le rend coupable , . Comme sa perte est juste encor qu'il n'ose rien; Et, sans aller si loin, délivrez-moi du mien. Différez à punir une offense incertaine.
Et servez ma colère avant que votre haine.
Seroit-il sûr pour moi d'exposer ma bonté A tous les attentats d'un amant supplanté?
Vous-même pourriez-vous épouser une femme, Et laisser à ses yeux le maître de son ame?
ARDARIC.
S'il étoit trop à craindre , il faudroit Ten bannir.
ATTILA
Quand il est trop à craindre, il faut le prévenir. C'est un roi dont les gens, mêlés parmi les nôtres, Feroient accompagner son exil de trop d'autres Qu'on verroit s'opposer aux soins que nous prendrons • Et de nos ennemis grossir les escadrons.