‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 44 sur 285 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ARDARIC, VALAMIR.

{Ils n'ont point d'épée Fun ni l'autre.)

AHDAItlC.

Seigneur, vos devins seuls ont causé notre peile; Par eux ii tous nos maux la porte s'est ouverte; Et l'infidèle appât de leur prédiction A jeté trop d'amorce à votre ambition.

C'est de là qu'est venu cet amour politique Que prend pour attentat un orgueil tyrannîque. Sans le flatteur espoir d'un avenir si doux, Honorie auroit eu moins de cliarmi^s pour vous. C'est par là que vos yeux la trouvent adorable. Et que vous faites naître un amour véritable. Qui, i'attacbaot à vous , excite des furenrs Que vous voyez passer aux dernières horreiirs- A moins que je vous perde II faut que je périsse; On vous fait même {jiace, ou pareille injustice: Ainsi vos seuls devins nous forcent de périr, Et ce sont tous les droits qu'ils vous font acquérir.

78 ATTILA

VALAMIR

Je viens de les quitter; et, loin de s en dédire, Ils assurent ma race encor du même empire.

Ils savent qu'Attila s aigrit au dernier point : Et ses emportements ne les émeuvent point; Quelque loi qu'il nous fasse, ils sont inébranlables; Le ciel en a donné des arrêts immuables; Rien n'en rompra FefFet; et Rome aura pour roi Ce grand Théodoric qui doit sortir de moi.

ARDARIC.

Ils veulent donc, seigneur, qu'aux dépens de ma tête Vos mains à ce héros préparent sa conquête?

VALAMIR

Seigneur, c'est m'offenser encor plus qu'Attila.

ARDARIG.

Par où lui pouvez-vous échapper que par là?

Pouvez-vous que par là posséder Honorie?

Et d'où naîtra ce fils si vous perdez la vie?

VALAMIR

Je me vois comme vous aux portes du trépas; Mais j'espère, après tout, ce que je n'entends pas.

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