‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 58 sur 285 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

DOMIÏIE, PLAITTIKE.

noMiTii;.

Laisse-moi mon chagrin, tout injuste qu'il esl: Je le chasse, il revient; je t'étouffe, il renatt; Et plus nous approchons de ce grand hyménée ', Plus en dépit de moi je m'en trouve gênée :

' (]n saura bienlr'ii de quel liyméii^e on parle; mais nii ne saura poini que c'est Domiiie qui parle; et le lieu où elle csL n'est |)Qiul annoncé.

C^tle Doinilie,litle de Carbuloii, Cjl .itnaureuse île Dumillan, qui l'est auasi d'elle : il est vrai que cel amour est froid; mais il est vrai aussi que quand Domitiaii et sa maîtresse Duinûie s'ex- (jrinieraient avec la tendre ^léjjaiicc lies lieras de Racine , ils i>'eii iniéiesseraient pas davantage. Il y u lies fiersunnages qu'il ne fout |amaÏ3 reprcsenler amoureux; les grands hommes, comme Alexaiiilre. César, Scipioii, Caloiv, Ciccrou, parceipte c'est les avilir; et tes méchante hommes, parccque l'amuur dans une ame l'cruce lie peut jamais être qu'une passion grossière qui ruvulle nu lieu de loucher, à oiiiins qu'un Ici caractère ne suit attendri et changé par un amour qui le subjugue, D'imiliaii, (-iliglila. Ni'i'oii, Com-

loa TItE ET BÉRÉNICE.

Il fait toute ma gloire; il fait tous mes désirs : Ne devroit-il pas faire aussi tous mes plaisirs '? Depuis plus de six mois la pompe s'en apprête; Rome s'en fait d'avance en l'esprit une fête^; Et tandis qu'à l'envi tout l'empire l'attend, Mon cœur dans tout l'empire est le seul mécontent.

PLAUTINE.

Que trouvez-vous, madame, ou d'amer ou de rude A voir qu'un tel bonheur n'ait plus d'incertitude? Et quand dans quatre jours vous devez y monter,, Quel importun chagrin pouvez-vous écouter?

Si vous n'en êtes pas tout-à-fait la maîtresse, Du moins à l'empereur cachez cette tristesse : Le dangereux soupçon de n'être pas aimé Peut le rendre à l'objet dont il fut trop charmé. Avant qu'il vous aimât, il aimoit Bérénice :

Et s'il n'en put alors faire une impératrice," A présent il est maître; et son père au tombeau Ne peut plus le forcer d'éteindre un feu si beau.

mode, en un mot, tous les tyrans qui feront Tamour à l'ordinaire, déplairont toujours. Dès que Domitian est Tamoureux de la pièce, la pièce est tombée.

* Il semble, par ce vers, et par tant d'autres dans ce goût, que Corneille ait voulu imiter la mollesse du style de son rival, qui seul alors était en possession des applaudissements au théâtre^ mais il Timite comme un homme robuste, sans grâce et sans souplesse, qui voudrait se donner les attitudes gracieuses d'un dan> seur agile et élégant.

* Cette expression , et Vamer et le rude, tout^h-fait la maîtresse, un nœud reùulé qui déyoûte, font bien voir que Corneille n'e'tait pas fait pour combattre Racine dans la carrière de Félégance et du sentiment.

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