ACTE I, SCftNE I. io
PLAUTINK.
Que ce que vous avez d'ambitieux caprire, Pardonnez -moi ce mot, vous Fait un dur .su|iplire! Le cœur rempli d'amour, vous prenez itii époux, Saus en avoir pour lui , sans cjuil en ait pour vous. Aimez pour être aimée, et montrez-lui vous-même, En l'aimant comme il faut, commeilfàut qu'il vous ain Et si vous vous aimez, gagnez sur vous ce point, De vous donner entière, ou ne vous donnez point.
noMiTii:.
.Si l'amour quelquefois soulïie qu'on le contraigne, Il souffre rarement qu'une antre ardeur l'éteigne ; Etquiind l'ambition en met l'empire à bas.
Elle en fait son esclave, et ne l'étouffé pas '. Mais un si fier esclave, ennemi de sacbaine, La secoueà toute heure, et la porte avec gêne; Et, maître de nos sens , qu'il appelle au secours, Il échappe souvent, et murmure toujours.
Veux-tu que je te fasse un aveu tout sincère? Je ne puis aimer Ti te, ou n'aimer pas son frère; Et, malgré cet amour, je ne puis m'urrétcr Qu'au degré le plus haut oii je puisse monter. Laisse-moi retracer ma vie eu ta mémoire :
Tu me connois assez pour en savoir l'histoire '
' Je passe tous les vers ou foibles, oii dure, ou qui offetis langue, ei je remarquerai seulement que voilà ilta ■
j'y prendre pour traiter une iiassiun douce et leudre; là Hoi^ii euriosa félicitas, e( le molU de Vircile.
* Pourquoi donc rcpéle-t-elle celte histoire à une personne qui
io4 TITE ET BÉRÉNICE.
Mais tu n as pu connoitre, en chaque événement. De mon illustre orgueil quel fut le sentiment.
En naissant, je trouvai Fempire en ma famille. Néron m'eut pour parente, et Gorbulon pour fille ; Et le bruit qu en tous lieux fit sa haute valeur. Autant que ma naissance, enfla mon jeune cœur. De Téclat des grandeurs par là préoccupée^ Je vis d'un œil jaloux Octavie et Poppée; Et Néron, des mortels et Thorreur et Fefîroi, M'eût paru grand héros, s'il m'eût offert sa foi.
Après tant de forfaits et de morts entassées, lies troupes du Levant, d'un tel monstre lassées, Pour césar en sa place élurent Corbulon.
Son austère vertu rejeta ce grand nom :
Un lâche assassinat en fut le prompt salaire. Mais mon orgueil, sensible à ces honneurs d'un père. Prit de tout autre rang une assez forte horreur, Pour me traiter dans l'ame en fille d'empereur.
la sait si bien ? Le sentiment de son illustre orgueil n est pas une raison suffisante pour fonder ce récit, qui d'ailleurs est trop long et trop peu intéressant.
Cette Domitie, partagée entre l'ambition et l'amour, n'est véritablement ni ambitieuse ni sensible. Ces caractères indécis et mitoyens ne peuvent jamais réussir, à moins que leur incertitude ne naisse d'une passion violente, et qu'on ne voie jusque dans cette indécision l'effet du sentiment dominant qui les emporte. Tel est Pyrrhus dans Andromaque ; caractère vraiment théâtral et tragique, excepté dans la scène imitée de Térence : Crois-tu, sijeVé^ pousCy qu Andromaque en son cœur n'en sera pas jalouse? et dans la scène où Pyrrhus vient dire à Hermione qu'il ne peut l'aimer.
Cette ])remière scène de Domitie annonce que la pièce sera sans intérêt : c'est le plus (p^and des défauts.
XCTE [, SCfi^K 1. io5
Néron périt enfin. Trois empereurs tle suite Virent de leur fortune une assez prompte fuite. 1/Orient de leurs noms fut à peine averti, (^u'il fit Vespasian chef d'un plus fort parti. Le ciel l'en avoua ; ce guerrier magnanime Par Tite, son aîné, fit assiéger Solime ; Et, taudis qu'en Egypte il prit d'autres emplois, Doraitian ici vint dispenser ses lois.
Je le vis et l'aimai. Ne blâme point mu flamme : llieu de plus grand que lui u'éblouissoit mon ame. Je ne voyois poinlTile, un hymen me l'ôloil.
Mille soupirs aidoient au rang qui me flattoit. i'our remplir tous nos vreiix nous n'attendions qu'un péi Il vint, mais d'nn esprit à nos vœux si contraire , Que, quoi qu'on lui pût dire, on n'en put iiiT;icher Ce qu'attendait un feu qui nous étoit si cher. Un lien sut poiut la cause; et divers bruits coururent, Qui tous à notre amour également déplurent, l'en eus un long chagrin. ïite fit tôt après De Bérénice à Rome admirer les attraits.
Pour elle avec Martîe il avoit fait divorce; Kt cette belle reine eut sur lui tant de force, Que, pour montrer à tous sa flamme, et hautement, Il lui fit au palais prendre un appartement.
L'empereur, bien qu'en 1 ame il prévît quelle haine Coiicevroit tout l'état pour rè|)ouN d'une reine, Sembla voir cet amour d'un œil indifférent, î'^t laisser un cours libre aux flots de ce torrent. Mais, sous les vains dehors de cette coraplai l'n ménagea ce prince avec tant de prudence,
io6 TITE ET BÉRÉNICE.
Qu'en dépit de son cœur, que charmoient tant d'appa Il lobligea lui-même à revoir ses états.
A peine je le vis sans maîtresse et sans femme , Que mon orgpieil vers lui tourna toute mon nme; Et s'étant emparé des plus doux de mes soins, Son frère commença de me plaire un peu moins : Non qu'il ne fClt toujours maître de ma tendresse, Mais je la regardois ainsi qu'une foiblesse.
Gomme un honteux effet d'un amour éperdu Qui me voloit un rang que je me croyois dû. * Tite à peine sur moi jetoit alors la vue; Cent fois avec douleur je m'en suis aperçue : Mais ce qui consoloit ce juste et long ennui, C'est que Vespasian me regardoit pour lui.
Je commençois pourtant à n'en plus rien attendre, Quand je vis en ses yeux quelque chose de tendre : Il me rendit visite, et fit tout ce qu'on fait Alors qu'on veut aimer, ou qu'on aime en effet. Je veux bien t'avouer que j'y crus du mystère. Qu'il ne me disoit rien que par l'ordre d'un père; Mais qui ne pencheroit à s'en désabuser.
Lorsque, ce père mort , il songe à m'épouser? Toi , qui vois tout mon cœur, juge de son martyre : L'ambition l'entraîne, et l'amour le déchire; Quand je crois m'être mise au-dessus de l'amour. L'amour vers son objet me ramène à son tour; Je veux régner, et tremble à quitter ce que j'aime. Et ne me saurois voir d'accord avec moi-même,
PLAUTINE.
Ah! si Domitian devenoit empereur,