‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 61 sur 285 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

DDHTTIAN, OOMlTIi:, AIJllN, l'r.ACTIKK.

UOJIITIAN.

t'aut-il mourir, madame? et, si proclie du terme. Votre illustre inconstance est-elle encor si ftirme, Que les restes d'un feu que j'avois cru si fort Puissent dans quatre jours se promettic ma mort '?

IlOMITIE.

C* qu'on m'offre, seigncui', me feioit peu d'envie S'il en cofttoit à Rome uni; si IkHi; vie;

' Celle Sfccindc gcùiir (lent su-ilpl.i <Ie i^c ijue \a première <-i proniB. Un DoDiilian qui veut mourir d'amour! c'est niellre un hochet enire les mains de Pulyplième : Gi qu'esl-ue ([u'iiiie illustre inconstance proche da terme, sifetTne, que le! restes d'un feu siforl Sf promettent ta mort Je Dumilinn dons quatre jours? Ci's parole?, rci (ours inintetligiblcs qui sont comme jetés su li[|s,>rrl , l'omii'iii un étnage dacaurs. La |irincess« llniirielle jau;i un tour bipu sanglant à Corneille, quand elle le lit travailler à Bérénice.

Ou ne voit que trop combien lu suite est digue de ce commencement. Quels vers qup i:eiix-i'i ! pi que de barliariamei 1 Ce n est jias un mal qui uaille en soupirer; un choix tiui charme auec un peu (tappat, qu'on met si bas; et tous ces FomplilnEntn iruoiquas

io8 TITE ET BÉRÉNICE.

Et ce n'est pas un mal qui vaille en soupirer, Que de faire une perte aisée à réparer.

DOMITIAN

Aisée à réparer! Un choix qui m'a su plaire, Et qui ne plait pas moins à l'empereur mon frère , Charme-t-il Tun et l'autre avec si peu d'appas Que vous sachiez son prix, et le mettiez si bas?

DOMITIE.

Quoi qu'on ait pour soi-même ou d'amour ou d'estime^ Ne s'en croire pas trop n'est pas faire un grand crime. Mais n'examinons point, en cet excès d'honneur. Si j'ai quelque mérite, ou n'ai que du bonheur.. Telle que je puis être, obtenez-moi d'un frère.

Hélas 1 si je n'ai pu vous obtenir d'un père, Si même je ne puis vous obtenir de vous,

que se font Domitian et Domitie : et cette beauté qui n'a écouté aucun des soupirants qui raccabloient de leurs regards mourants ; et son cœur qui va tout à Domitian quand on le laisse aller!

On est étonné qu'on ait pu jouer une pièce ainsi écrite, ainsi dialoguée et raisonnée.

Tous ces raisonnements de Domitie ne peuvent être écoutés. Comme la passion du trône est la première , elle est la dominante : ce n'est pas qu'elle ne se violente à trahir Vamour, mais il est juste que des soupirs secrets la punissent d'aimer contre ses intérêts.

Il semble que, dans celte pièce. Corneille ait voulu en quelque sorte imiter ce double amour qui ré(jne dans XAndromaque, et qu'il ait tenté de plier la roideur de son caractère à ce genre de tragédie si délicat et si difKcile. Domitian aime Domitie; Titus aime aussi Domitie un peu : on propose Bérénice à Domitian, et Bérénice est aimée véritablement de Titus. Avouons qu'on ne pouvait faire un plus mauvais plan.

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