‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 62 sur 285 · ACTE I, SCÈNE IT. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IT. i

Qu'obtiendrai-je d'un frère amoureux et jaloux?

DOMITIE.

Et moi, résisterai-je à sa toute-puissance.

Quand vous n'y répondez qu'avec obéissance'

Moi , qui n'ai sous les cieux que vous seul pour soutien.

Que puis-je contre lui, quand vous n'y pouvez rien?

DflMlTIAN.

Je ne puis rien sans vous, et poiirrois tout, madame, Si je pouvois encor m'assurer de votre ame,

DOMITIE.

Pouvez-vous en douter, après deux ans de pleurs

Qu'à vos yeux j'ai donnés à nos communs maUieurs?

Durant un déplaisir si long et si sensible

De voir toujours un père à nos vœux inflexible.

Ai-je écouté quelqu'un de tant de soupirants

Qui m'accabloient par-tout de leurs regards mourants?

Quel que fût leur amour, quel que fût leur mérite...

nOMITIi\,

Oui, vous m'avez aimé jusqu'à l'amour de Tite.

Mais de ces soupirants qui vous offroient leur foi

Aucun ne vous eût mise alors si baiit que moi ;

Votre ame ambitieuse à mon rang attacbée

N'en voyoit point eu eux dont elle fût toucbcc :

Ainsi de ces rivaux aucun n'a réussi.

Mais les temps sont changés, madame, et vous aussi.

DinilTIK.

Non, seignetir; je vous aimii, et garde au fond de l'ame Tout ce que j'eus pour vous de tendresse et de tlammi; L'effort que je me fais me tue autant que \ous; Mais cnlîn l'empereur veut être mou époux.

no TITE ET BÉRÉNICE*

DOMITIAN

Ah! si vous n'acceptez sa main qu'avec contrainte. Venez, venez, madame, autoriser ma plainte :

L'empereur m'aime assez pour quitter vos liens Quand je lui porterai vos vœux avec les miens. Dites que vous m'aimez, et que tout son empire...

DOMITIE.

C'est ce qu'à dire vrai j'aurai peine à lui dire. Seigneur; et le respect, qui n'y peut consentir....

DOMITIAN

Non, votre ambition ne se peut démentir.

Ne la déguisez plus , montrez-la tout*entière Cette ame que le trône a su rendre si fière, Cette ame dont j'ai fait les plaisirs les plus doux^ Cette ame....

DOMITIE.

Voyez-la cette ame toute à vous, Voyez-y tout ce feu que vous y fîtes naître; Et soyez satisfiait, si vous le pouvez être.

Je ne veux point, seigneur, vous le dissimuler. Mon cœur va tout à vous quand je le laisse aller : Mais, sans dissimuler j'ose aussi vous le dire. Ce n'est pas mon dessein qu'il m'en coûte l'empire; Et je n'ai point une ame à se laisser charmer Du ridicule honneur de savoir bien aimer.

La passion du trône est seule toujours belle, Seule à qui l'ame doive une ardeur immortelle. J'ignorois de l'amour quel est le doux poison Quand elle s'empara de toute ma raison.

Comme elle est la première, elle est la dominante.

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