‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 86 sur 285 · ACTE III, SCKNE V. i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCKNE V. i

J'aille de votre main attendre un coup mortel; M'y verrez-Tous mourii' sans verser une larme? Vous y préparez-vous sans troubli; et sans alarme? Et gi vous concevez l'excès de ma douleur.

S'en rejaillit-il rien jusque dans votre cœur?

TJTK.

Hélas! madame, hélas! pourquoi vous ai-je vue?

Et dans quel contre-temps êtes-vous revenue !

Ce qu'on fit d'injustice à de si chers appas

M'avoit assez coûté pour ne l'envier pas.

Votre absence et le temps m'avoient fait quL'Ique jjrace;

J'en craignois un peu moins les malheurs où je passe;

Je souffrois Domitic , et d'assidus etibrts

M'avoient malgré l'amour fait maître ilu dehors.

La contrainte sembloit tourner en habitude;

Le joug que je prenois m'en paroissoit moins inide ;

Et j'allois être heureux, du moins aux yeux de tous,

Autant qu'on le peut être en n'étant point à vous.

Jallois....

BÉIRÉMCE.

N'achevez point, c'est là ce qui me tue.

El je pourrois soufirir votre hymen à ma vue , Si vous aviez choisi quelque objet sans éclat. Qui ne pût être à vous que par raison d état. Qui de ses grands aïeux n'eût reçu rien d'aimable. Qui n'en eût que le nom qui fût considérable. ' Il s'est assez puni de son manque de foi, • Me dirois-je, et son cœur n'en est pas moins à moi . ■ Mais Domitie est belle, elle a tout l'avantage Qu'ajoute un vrai mérite à l'éclat du visage;

Et, pour vous épargner les discours superflus , Elle est digne de vous, si vous ne m'aimez plus^ Elle a toujours charmé le prince votre frère» Elle a gagné sur vous de ne vous plus déplaire : L'hymen achèvera de me faire oublier; Elle aura votre cœur, et Faura tout entier.

Seigneur, faites-moi grâce, épousez Sulpitie, Ou Camille, ou Sabine, et non pas Domitie; Choisissez-en quelqu'une enfin dont le bonheur Ne m'ôte que la main, et me laisse le cœur.

TITE

Domitie aisément soufFriroit ce pai^ge; Ma main satisferoit l'orgueil de son courage : Et pour le cœur, à peine il vous sait en ces lieux. Qu'il revient tout entier faire hommage à vos yeux.

BÉRÉNICE

N'importe; ayez pitié, seigneur, de ma foiblesse. Vous avez un cœur fait à changer de maîtresse : Vous ne savez que trop l'art de manquer de foi; Ne l'exercerez-vous jamais que contre moi?

TITE

Domitie est le choix de Rome et de mon père : Ils crurent à propos de l'ôter à mon frère.

De crainte que ce cœur jeune et présomptueux Ne rendît téméraire un prince impétueux.

Si pour vous obéir je lui suis infidèle, Rome, qui l'a choisie, y consentira-t-elle?

fiÉRÉNICE.

Quoi! Rome ne veut pas quand vous avez voulu? Que faites-vous, seigneur, du pouvoir absolu?

Page 1