‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 87 sur 285 · ACTE III, SCÈXE V. i4r · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈXE V. i4r

N'êtes-vous dans ce trône, où tant de monde aspire. Que pour assujettir 1 empereur à l'empire?

Sur ses plus hauts degrés lîome vous fait la loi ' Elle affermit ou rompt le dou de votre foi!

Ah ! si j'en puis juger sur ce qu'on voit paroltre. Vous en êtes l'esclave encor plus que le maître.

Tel est le triste sort de ce rang souverain Qui ne dispense pas d'avoir un cœur romain, Ou plutôt des Romains tel est le dur capriee A suivre obstinément une aveugle injustice.

Qui, rejetant d'un roi le nom plus que les lois. Accepte un empereur plus puissant que cent rois. C'est ce nom seul qui donne à leurs farouches haines Cette invincible horreur qui passe jusqu'aux reines, Jusqiies à leurs époux; et vos yeuxadoréîi Vcrroieot de notre hymen nattre cent conjurés. Encor s'il n'y falloît hasarder que ma vie; Si ma perte aussitôt de la vôtre suivie.,..

BI^:i<ÉMCE.

Son, seigneur, ce n'est pas aux reines comme moi A hasarder leurs jours pour signaler leur foi. La plus illustre ardeur de périr l'un pnnr l'anlre N'a rien de glorieux pour mon rang et le votre : L'amour de nos pareils la traite tie fureur; Et ces vertus d'amant ne sont pas d'empereur. Mes secours en Judée achevèrent l'ouvrage Quavoit des légions ébauché le suffrage :

Il m'est trop précieux pour le mettre au hasard; ' Kt j'y pouvois, seigneur, raéiiter quelque part,

i46 TITE ET BÉRÉNICE.

N'étoit qu'affermissant votre heureuse fortune Je n'ai fait qu'empêcher qu elle nous fût commun<>« Si j'eusse eu moins pour elle ou de zélé ou de foi, Vous seriez moins puissant, mais vous seriez à moi; Vous n'auriez que le nom de général d'armée.

Mais j'aurois pour époux l'amant qui m'a charmée; Et je posséderoîs dans ma cour, en repos.

Au lieu d'un empereur, le plus grand des héros.

TITE

Eh bien! madame, il faut renoncer à ce titre Qui de toute la terre en vain me fait l'arbitre. Allons dans vos états m'en donner un plus doux; Ma gloire la plus haute est celle d'être à vous. Allons où je n'aurai que vous pour souveraine. Où vos bras amoureux seront ma seule chaîne, Où l'hymen en triomphe à jamais l'étreindra, Et soit de Rome esclave et maître qui voudra.

BÉRÉNICE

Il n'est plus temps : ce nom si sujet à l'envie Ne se quitte jamais , seigneur, qu'avec la vie; Et des nouveaux Césars la tremblante fierté N'ose faire de grâce à ceux qui l'ont porté : Qui l'a pris une fois est toujours punissable. Ce fot par là qu'Othon se traita de coupable, Par là Vitellius mérita le trépas; Et vous n'auriez par-tout qu'assassins sur vos pas.

TITE

Que faire donc, madame?

BÉRÉNICE

Assurer votre vie;

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