‹ Œuvres de P. Corneille: avec le commentaire de Voltaire et les jugments de La HarpeChapitre 89 sur 285 · BÉRÉNICE, PHILON · texte numérisé non relu

BÉRÉNICE, PHILON

BÉRÉNICE

Avez-vous su, Philon, quel bruit et quel murmure Fait mon retour à Rome en cette conjoncture?

PHILON

Oui, madame; j'ai vu presque tous vos amis,

Et su d'eux quel espoir vous peut être permis.

Il est peu de Romains qui penchent la balance

Vers l'extrême hauteur ou lextrêmç indulgence;

La plupart d'eux embrasse un avis modéré

Par qui votre retour n'est pas déshonoré :

Mais à l'hymen de Tite il vous ferme la porte;

La ficre Domitie est par-tout la plus forte;

La vertu de son père et son illustre sang

A son ambition assurent ce haut rang.

Il est peu sur ce point de voix qui se divisent,

Madame ; et quant à vous , voici ce qu'ils en disent :

« Elle a bien servi Rome, il le faut avouer;

« L'empereur et l'empire ont lieu de s'en louer;

« On lui doit des honneurs, des titres sans exemples

<c Mais enfin elle est reine, elle abhorre nos temples,

« Et sert un dieu jaloux qui ne peut endurer

* Qu'aucun autre que lui se fasse révérer;

ff Elle traite à nos yeux les nôtres de fantômes.

On peut lui prodiguer des villes, des royaumes :

« Il est des rois pour elle; et déjà Polémon

« De ce dieu qu'elle adore invoque le seul nom;

« Des nôtres pour lui plaire il dédai[;ne le culte :

«Qu^elle régne avec lui sans nous faire d'insulte;

« Si ce trône et le sien ne lui suffisent pas,

« Rome est prête d'y joindre encor d'autres états»

« Et de faire éclater avec magnificence

d Un juste et plein effet de sa reconnoissance. »

DKRÉMGE.

Qu'elle répande ailleurs ces effets éclatants, Et ne m'enlève point le seul où je prétends.

Elle n'a point de part en ce que je mérite; Elle ne me doit rien, je n'ai servi que Tite : Si j'ai vu sans douleur mon pays désolé, G est à Tite, à lui seul, que j'ai tout immolé ; Sans lui, sans l'espérance îk mon amour offerte , J'aurois servi Solyme, ou péri dans sa perte; Et quand Rome s'efforce à m'arracher son cœur. Elle sert le courroux d'un dieu juste vengeur, ^his achevez, Philon; ne dit-on autre chose?

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