BÉRÉNICE, PHILON
BÉRÉNICE
Avez-vous su, Philon, quel bruit et quel murmure Fait mon retour à Rome en cette conjoncture?
PHILON
Oui, madame; j'ai vu presque tous vos amis,
Et su d'eux quel espoir vous peut être permis.
Il est peu de Romains qui penchent la balance
Vers l'extrême hauteur ou lextrêmç indulgence;
La plupart d'eux embrasse un avis modéré
Par qui votre retour n'est pas déshonoré :
Mais à l'hymen de Tite il vous ferme la porte;
La ficre Domitie est par-tout la plus forte;
La vertu de son père et son illustre sang
A son ambition assurent ce haut rang.
Il est peu sur ce point de voix qui se divisent,
Madame ; et quant à vous , voici ce qu'ils en disent :
« Elle a bien servi Rome, il le faut avouer;
« L'empereur et l'empire ont lieu de s'en louer;
« On lui doit des honneurs, des titres sans exemples
<c Mais enfin elle est reine, elle abhorre nos temples,
« Et sert un dieu jaloux qui ne peut endurer
* Qu'aucun autre que lui se fasse révérer;
ff Elle traite à nos yeux les nôtres de fantômes.
On peut lui prodiguer des villes, des royaumes :
« Il est des rois pour elle; et déjà Polémon
« De ce dieu qu'elle adore invoque le seul nom;
« Des nôtres pour lui plaire il dédai[;ne le culte :
«Qu^elle régne avec lui sans nous faire d'insulte;
« Si ce trône et le sien ne lui suffisent pas,
« Rome est prête d'y joindre encor d'autres états»
« Et de faire éclater avec magnificence
d Un juste et plein effet de sa reconnoissance. »
DKRÉMGE.
Qu'elle répande ailleurs ces effets éclatants, Et ne m'enlève point le seul où je prétends.
Elle n'a point de part en ce que je mérite; Elle ne me doit rien, je n'ai servi que Tite : Si j'ai vu sans douleur mon pays désolé, G est à Tite, à lui seul, que j'ai tout immolé ; Sans lui, sans l'espérance îk mon amour offerte , J'aurois servi Solyme, ou péri dans sa perte; Et quand Rome s'efforce à m'arracher son cœur. Elle sert le courroux d'un dieu juste vengeur, ^his achevez, Philon; ne dit-on autre chose?