ACTE III, SCÈNE VI
Et qui règne un moment aime à régner toujours : Mais si Fessai du trône en fait durer Fenvie Dans Fâme la plus haute à Fëgal de la vie ^ Un roi né pour la gloire , et digne de son sort, A la honte des fers sait préférer la mort ; Et vous matiez promis en partante...
syt>HAx.
Ah! madame^ Qu'une telle promesse étoit douce à votre âme ! Ma mort faisoit dès-lors vos plus ardents souhaits.
SOPHONISBE
Non ; mais je vous tiens mieux ce que je vous promets; Je vis encore en reine, et je mourrai de même.
SYPHAX
Dites que votre foi tient toute au diadème ,
Que les plus saintes lois ne peuvent rien sur vous.
SOPHONISBE
Ne m'attachez point tant au destin d'un époux , Seigneur; les lois de Rome et celles de Carthagé Vous diront que Fhymen se rompt par l'esclavage , Que vos chaînes du nôtre ont brisé le lien , Et qu'étant dans les fers vous ne m'êtes plus rien. Ainsi par lés lois même en mon pouvoir remise , Je me donne au monarque à qui je fus promise. Et m'acquitte envers lui d'une première foi Qu'il reçut avant vous de mon père et de moi. Ainsi mon changement n'a point de perfidie ; J'étois et suis encore au roi de Numidie , Et laisse à votre sort son flux et son reflux , Pour régner malgré lui quand vous ne régnez plus.
aao SOPHONISBE,
SYPHAX
Ah ! s'il est quelques lois qui souffrent qu'on étale Cet illustre mépris de la foi conjugale , Cette hauteur^ madame , a d'étranges effets Après m'avoir forcé de refuser la paix. Me le promettiez-vous , alors qu a ma défaite Vous montriez dans Cyrthe une sure retraite-. Et qu'outre le secours de votre général Vous me vantiez celui d'Hannon et d'Annibal? Pour vous avoir trop crue , hélas ! et trop aimée. Je me vois sans états , je me vois sans armée ; Et^ par l'indignité d'un soudain changement, La cause de ma chute en fait l'accablement.
SOPUONISBE.
Puisque je vous montrois dans Cyrthe une retraite. Vous deviez vous y rendre après votre défaite : S'il eut fallu périr sous un fameux débris, Je l'eusse appris de vous, ou je vous l'eusse appris, Moi qui, sans m'ébranler du sort de deux batailles , Venois de m'enfermer exprès dans ces murailles. Prête à souffrir un siège , et soutenir pour vous Quoi que du ciel injuste eut osé le courroux.
Pour mettre en sûreté quelques restes de vie , Vous avez du triomphe accepté l'infamie; Et ce peuple déçu qui vous tendoit les mains N'a revu dans son roi qu'un captif des Romains^ Vos fers, en leur faveur plus forts que leurs cohortes, Ont abattu les cœurs , qnt fait ouvrir les portes , Et réduit votre femme à la nécessité De chercher tous moyens d'en fuir l'indignité.