SERTORIUS, ARISTIE
ARISTIE
Ne vous offensez pas si dans mon infortune Ma foiblesse me force à vous être importune ; Non pas pour mon hymen, les suites d'un tel choix ^ Méritent qu'on y pense un peu plus d'une fois ; Mais TOUS pouvez, seigneur, joindre à mes espérances Contre un péril nouveau nouvelles assurances. * J'apprends qu'un infidèle, autrefois mon époux. Vient jusque dans ces murs conférer avec vous : L'ordre de son tyran , et sa flamme inquiète , Me pourront envier l'honneur de ma retraite : L'un en prévoit la suite , et l'autre en craint l'éclat j Et tous les deux contre elle ont leur raison d'état.
* Ce premier couplet d'Aristie n'a pas toute la netteté qui est absolument nécessaire au dialogue; tun et Vautre qui ont sa raison d'état contre sa retraite ; Pompée qui veut se ressaisir par la violence rtuh bien qu'il ne. peut voir ailleurs sans déplaisir. Ces phrases n'ont pas l'élégance et le naturel que les vers demandent. Mais le plus grand défaut, ce me semble , c'est qu'Aristie ne lie point une intrigue tragique; elle ne ^aif ce qu'elle veut; elle est .délaissée par son mari*; elle est indécise ; elle n'est ni assez animée par la vengeance , ni assez puissante pour se venger , ni assez touchée , ni assez héroïque.
* Ces phrases barbares, et le reste du discours d'Aristie , ne sont pa^ assurément tragiques ; mais ce qui est contre l'esprit de la vraie tragédie , contre là décence aussi-bien que contre la vérité de l'histoire , c'est une femme de Pompée qui s* en va en' Aragon pour prier un vieux soldat révolté de l'épouser. ^
36 SERTORIUS
Je vous demande donc sûreté tout entière
Contre la violence et contre la prière.
Si par l'une ou par l'autre il veut se ressaisir
De ce qu'il ne peut voir ailleurs sans déplaisir.
SERTORIUS
Il en a lieu , madame ; un si rare mérite
Semble croître de prix quand par force on le quitte :
Mais vous avez ici sûreté contre tous ,
Pourvu que vous puissiez en trouver contre vous.
Et que contre un ingrat dont l'amour fut si tendre ,
Lorsqu'il vous parlera, vous sachiez vous défendre.
On a peine à haïr ce qu'on a bien aimé.
Et le feu mal éteint est bientôt rallumé.
ARISTIE
L'ingrat , par son divorce en faveur d'Emilie ,
M'a livrée au mépris de toute l'Italie.
Vous savez à quel point mon courage est blessé :
Mais s'il se dédisoit d'un outrage forcé , *
S'il chassoit Emilie, et me rendoit ma place ,
J'aurois peine, seigneur, à lui refuser grâce;
Et tant que je serai maîtresse de ma foi ,
Je me dois toute à lui, s'il revient tout à moi.
En vain donc je me flatte ; en vain j'ose, madame, Promettre à mon espoir quelque part en votre âme; Pompée en est encor l'unique souverain.
Tous vos ressentiments n'ofifrent que voire main ;
I Le mot de dédire semble petit et pea convenable. FeoMtre s'il se repentait serait mieux placé. On ne se dédit point d'un outrage.