VIII
3^4 OTHON
Feroit tout pour me perdre après un tel outrage^ Et se vengeroit même à la face des dieut , * Si j avois sur Camille osé tourner les yeux.
ALBIN
Pensez-y toutefois : ma sœur est auprès d'elle j Je puis vous y servir , l'occasion est belle ; Tout autre amant que vous s'en laisseroit chartner; Et je vous dirois plus, si vous osiez l'aimer.
OTHON
Porte à d'autres qu'à moi cette amorce inutOe ; Mon cœur, tout à Plautine, est ferme pour Camille. La beauté de l'objet, la honte de changer, Le succès incertain , l'infaillible danger , Tout fait à tes projets d'invincibles obstacles.
ALBIN
Seigneur, en moins de rien il se fait des miracles : *
' A iafttce des dieux est ce qu'on appelle une cheville; il ne s'agit point ici de dieux et d'autels. Ces malheureux hémistiches , qui ue disent rien , parce qu'ils semblent en trop dire, n'ont été que trop souvent imités.
*" Seigneur , en moins de rien il se fait des miracles »
e«t un vers comique : mais ces petits défaots , qui rendraient une mauvaise scène encore plus mauvaise , n'empêchent pas que celle-ci ne soit claire , vigoureuse , attachante ; trois mérites très rares dans les expositions.
Cette première scène à*Othon prouve qne Corneille avait encore beaucoup de génie. Xe crois qu'il ne lui a manqué que d'être sévère pour lui-même , et d'avoir des amis sévères. Un homme capable de faire une telle scène pouvait assurément faire encore de bonnes pièces. C'est un très grand malheur , il faut le redire , que personne ne l'avertît qu'il choisissait mal Mes snjcfts, que ces dissertations poli*