‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 168 sur 292 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

MAÈTIAN.

Hélas! mcm mal ne vient que de vous trop connottre. Mais vous-même 9 après tout^ ne vous connoissez pas^ Quand vous croyez si peu TeAFet de vos appas. Si vous daigniez savoir quel est votre mérite , Vous ne douteriez point de l'amour qu'il excite. Othon m'en sert de preuve : il n'avoit rien aimé^ Depuis que de Poppee il s'étoit vu charmé; Bien que d'entre ses bras Néron l'eût enlevée , L'image dans son cœur s'en étoit conservée ; La mort même , la mort n'avoit pu l'en chasser; A vous seule étoit dû l'honneur de l'efiTacer. Vous seule d'un coup'd'œil emportâtes la gloire D'en faire évanouir la plus douce mémoire. Et d'avoir su réduire à de nouveaux souhaits Ce cœur impénétrable aux plus charmants objets. Et vous vous étonnez que pour vous je soupire !

PLAUTINE.

Je m'étonne bien plus que vous me l'osiez dire. Je m'étonne de voir qu'il ne vous souvient plus Que l'heureux Martian fiit l'esclave Icélus, Qu'il a changé de nom sans changer de visage.

C'est ce crime du sort qui m'enfle le courage. Lof squ'en dépit de lui je suis ce que je suis , On voit ce que je vaux , voyant ce que je puis. Un pur hasard sans nous règle notre naissance; Mais comme le mérite est en notre puissance , La honte d'un destin qu'on vit mal assorti Fait d'autant plus d'honneur quand on en est sorti. »

agS OTHON.

Quelque tache en mon sang que laissent mes ancêtres^ Depuis que nos Romains ont accepte des mattres^ Ces maîtres ont toujours fait choix de mes pareils Pour les premiers emplois et les secrets conseils : Ils ont mis en nos mains la fortune publique; Ils ont soumis la terre à notre politique; Patrobe, Polyclète^ et Narcisse^ et Pallas^ Ont déposé des rois ^ et donné des états. On nous élève au trône au sortir de nos chaînes; Sous Claude on vit Félix le mari de trois reines : Et quand l'amour en moi vous présente un ^K>nx, Vous me traitez d'esclave , et dlndigne de vous ! Madame , en quelque rang que vous ayez pu naître^ C'est beaucoup que d'avoir l'oreille du grand maître. Vinius est consul , et Lacus est préfet; Je ne suis l'un ni l'autre , et suis phis en effet; Et de ces consulats , et de ces préfectures, Je puis quand il me plaît faire des créatures: Galba m'écoute enfin; et c'est être aujourd'hui, Quoique sans ces grands noms , le premier d'après loi.

PLAUTINE.

Pardonnez donc, seigneur, si je me suis méprise:* Mon orgueil dans vos fers n'a rien qui l'autorise.

* Quoi qu'en dise Voltaire, cette haotear ne ^déplaît pas, et l'on - aime à voir humilier d'insolens parvenus , tels que Martian. Ceui qui ont été à portée d'observer parmi nous les valets grands seigneurs , qu'on nommait courtisans , les reconnaîtront sans peine à lu bassesse des Martian et des Lacus , et verront que , malgré l'orgueil de leur naissance , ils auraient pu fournir à Corneille les modèles de ces vils personnages. L'avilissement où étaient totnbés les Romains est d'ailleurs parfaitement peint dans celte scène. P.

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