ACTE II, SCÈNE II
Je viens de me connoitre , et me vois à mon tour Indigne des honneurs qui suivent votre amour. Avoir brisé ces fers fait un degré de gloire Au-dessus des consuls , des préfets du prétoire ; Et si de cet amour je n'ose être le prix , Le respect m'en empêche^ et non plus le mépris. On m'avoit dit pourtant que souvent la nature Gardoit en vos pareils sa première teinture ^ Que ceux de nos Césars qui les ont écoutés Ont tous souillé leurs, noms par quelques lâchetési Et que pour dérober l'empire à cette honte L'univers a besoin qu'un vrai héros y monte. C'est ce qui me faisoit y souhaiter Othon : Mais à ce que j'apprends ce souhait n'est pas bon. Laissons-en faire aux dieux, et faites-vous justice; D'un cœur vraiment romain dédaignez le caprice. Cent reines à l'envi vous prendront pour époux; Félix en eut bien trois, et valoit moins que vous.
MARTIAN
Madame, encore un coup, souffrez que je vous aime. Songez que dans ma main j'ai le pouvoir suprême. Qu'entre Othon et Pison mon suffrage incertain, Suivant qu'il penchera va faire un souverain. Je n'ai fait jusqu'ici qu'empêcher l'hyménée Qui d'Othon avec vous eût joint la destinée : J'aurois pu hasarder quelque chose de plus; Ne m y contraignez point à force de refiis. Quand vous cédez Othon, me souffrir en sa place, Peut-être ce sera faire plus d'une grâce : Car de vous voir à lui ne l'espérez jamais.
3oo OTHON.