ACTE III, SCÈNE III. 3ig
Pour vous en donner un digne de vous et d'elle. i
Jule et le grand Auguste ont choisi dans leur sang^ Ou dans leur alliance à qui laisser ce rang. Moi^ sans considérer aucun noeud domestique. J'ai fait ce choix comme eux, mais dans la république : Je l'ai fait de Pison; c'est le sang de Crassus , C'est celui de Pompée , il en a leè vertus; * Et ces fameux héros dont il suivra la trace Joindront de si grands noms aux grands noms de ma race. Qu'il n'est point d'hyménée en qui l'égalité Puisse élever l'empire à plus de dignité.
CAMILLE
J'ai taché de répondre à cet amour de père Par un tendre respect qui chérit et révère. Seigneur; et je vois mieux encor par ce grand choix, Et combien vous m'aimez, et combien je vous dois. Je sais ce qu'est Pison et quelle est sa noblesse; Mais, si j'ose à vos yeux montrer quelque foiblesse. Quelque digne qu'il soit et de Rome et de moi. Je tremble à lui promettre et mon cœur et ma foi; Et j'avoûrai, seigneur, que pour mon hyménée Je crois tenir un peu de Rome où je suis née. Je ne demande point la pleine liberté , Puisqu'elle en a mis bas l'intrépide fierté ; Mais si vous m'imposez la pleine servitude. J'y trouverai , comme elle , un joug un peu bien rude. Je suis trop ignorante en matière d'état Pour savoir quel doit être un si grand potentat; Mais Rome dans ses murs n'a-t-elle qu'un seul homme , N'a-t-elle que Pison qui soit digne de Rome ?
330 OTHON
Et dans tous ses états n'en sauroitron Voir deax
Que puissent vos bontés hasarder à mes vœux?
Néron fit aux vertus une cruelle guerre ; S'il en a dépeuplé les trois parts de la terre ^ Et si f pour nous donner de digujes empereurs, Pison seul avec vous échappe à ses, fureurs. Il est d'autres héros dans un si vaste, empire. Il en est qu'après vous on se plairoit d'élire. Et qui sauroient mêler, sans vous faire rougir. L'art de gagner les cœurs au grand art de régir. ^ D'une vertu sauvage on craint un dur empire; Souvent on s'en dégoûte au moment qu'on ladmire; Et puisque ce grand choix me doit faire un époux, Il seroit bon qu'il eût quelque chose de doux , Qu'on vît en sa personne également paroître Les grâces d'un amant, et les hauteurs d'un maître, Et qu'il fût aussi propre à donner de l'amour Qu'à faire ici trembler sous lui toute sa cou;*. Souvent un peu d'amour dans les cœurs des monarques Accompagne .assez bien leurs plus illustres marques. Ce n'est pas qu'après tout je pense à résister; J'aime à vous obéir, seigneur, sans contester. Pour prix d'un sacrifice où mon cœur se dispose, Permettez .qu'un époux me doive quelque chose. Dans cette servitude où se plaît mon désir, C'^st quelque liberté qu'un ou deux à choisir. Votre Pison peut-être aura de quoi me plaire Quand il ne sera plus un mari nécessaire ; Et son amour pour moi sera plus assuré , S'il voit à quels rivaux je l'aurai préféré.