ACTE m, SCÈNE III. 32ï
GALBA
Ce long raisonnement dans sa délicatesse
A vos tendres respects mêle beaucoup d'adresse*
Si le refus n'est juste, il est doux et civil.
Parlez donc, et sans feinte , Othon vous plairoit-il ?
On me l'a proposé, qu'y trouvez-vous à dire ?
CAMILLE
L'avez-vous cru d'abord indigne de Fempire , Seigneur?
GALBA
Non : mais depuis, consultant ma raison , J'ai trouvé qu'il falloit lui préférer Pison. Sa vertu plus solide et toute inébranlable Nous fera, comme Auguste, un siècle incomparable. Où l'autre, par Néron dans le vice abimé , Ramènera ce luxe oii sa main l'a formé, Et tous les attentats de l'infôme licence Dont il osa souiller la suprême puissance.
Othon près dW tel maître a su se ménager. Jusqu'à ce que le temps ait pu l'en dégager. Qui sait faire sa cour se fait aux mœurs du prince ; Mais il fut tout à soi quand il fut en province ; Et sa haute vertu par d'illustres effets Y dissipa soudain ces vices contrefaits. Chaque jour a sous vous grossi sa renommée ; Mais Pison n'eut jamais de charge ni d'armée ; Et comme il a vécu jusqu'ici sans emploi. On ne sait ce qu'il vaut que sur sa bonne foi. Je yeux <»*6ire en faveur des héros de sa race^ vin. 21
^22 OTHON-
Qu'il en a les vertus, qu'il en suivra la trace,
Qu'il en égalera les plus illustres noms ;
Mais j'en croirois bien mieux de grandes actions.
Si dans un long exil il a para sans vice ,
La vertu des bannis auvent n'est qu'artifice.
Sans vous avoir servi vous l'avez ramené :
Mais l'autre est le premier qui vous ait couronné;
Dès qu'il vit deux partis, il se rangea du votre :
Ainsi l'un vous doit tout, et vous devez à l'autre.
OALBA.
Vous prendrez donc le soin de m'acquitter vers lui ; Et comme pour l'empire il faut un autre appui, Vous croirez que Pison est plus digne de Rome; Pour ne plus en douter suffit que je le nomme.
CAMILLE
Pour Rome et son empire , après vous je le croi ; Mais je doute si l'autre est moins digne de moi.
GALBA
Doutez-en ; un tel doute est bien digne d'une âme Qui voudroit de Néron revoir le siècle infâme. Et qui voyant qu'Othon lui ressemble le mieux....
GAMILtB.
Choisissez de vou&-méme , et je ferme les yeux. Que vos seules bontés de tout mon sort ordonnent; Je me donne en aveugle à qui qu'elles me donnent. Mais quand vous consultez Lacus et Martian , Un époux de leur main me paroit un tyran ; Et, si j'ose tout dire, en cette conjoncture , Je regarde Pison comme leur créature.
Qui , régnant par leur ojrdre et leur prêtant sa voii ,