SCÈNE
VINIUS, PLAUTINE.
TiNïtrs.
Ce n'est pas tout^ ma fille ; un bonheur plus certain^ Quoi qu'il puisse arriver, met Tempire en ta maki.
PLAUTINE.
Flatteriez-vous Othon d'une vaine chimère ?
VINIUS.
Non ; tout ce que j'ai dit n'est qu'un rapport sincère.
Je crois te voir régner avec ce cher Othon :
Mais n'espère pas moins du côté de Pison ;
Galba te donne à lui. Piqué contre Camille ^
Dont l'amcHir a rendu son projet inutile ,
Il veut que cet hymen, punissant ses refus ,
Réunisse avec moi M artian et Lacus ^
Et trompe heureusement les présages sinistres
De la division qu'il voit en ses ministres.
Ainsi des deux côtes on combattra pour toi.
Le plus heureux des chefs t'apportera sa foi.
Sans part à ses périls tu Fauras à sa gloire ,
Et verras à tes pieds l'une un l'autre victoire.
fLAtTTÏîri^
Quoi ! mon cœur, par vous-même à ce héros dottné,
I Vinîiu joue id le rôle à*%n iotri^uLt, et ritfa de plus; il ne st soucie point d'Othon ; il lui importe pea qui aa fille épousera : ses sentimens sont bas , lorsque même il parle de Tempire , et il se fait mépriser par sa propre fille inutilement.
34o OTHON.
Pourroit ne l'aimer plus s'il n'e^t point couronné? Et s'il &ut qu'à Pison son mauvais sort nous livre ^ Pour ce même Pison je pourrois vouloir vivre ?
VINIUS.
Si nos communs souhaits ont un contraire effet , Tu te peux faire encor l'effort que tu t'es fait , Et qui vient de donner Othon au diadème Pour régner à son tour peut se donner soi-même.
PLAUTINE.
Si pour le couronner j'ai fait un noble effort,
Dois-je en faire un honteux pour jouir de sa mort?
Je me privois de lui sans me vendre à personne ,
Et vous voulez, seigneur, que son trépas me donne,
Que mon cœur, entraîné par la splendeur du rang.
Vole après une main fumante de son sang.
Et que de ses malheurs triomphante et ravie
Je sois l'infâme prix d'avoir tranché sa vie !
Non, seigneur : nous aurons même sort aujourd'hui;
Vous me verrez régner ou périr avec lui;
Ce n'est qu'à l'un des deux que tout ce cœur aspire.
VINIUS.
Que tu vois mal encor ce que c'est que l'empire ! Si deux jours seulen^ent tu pouvois l'essayer. Tu ne croirois jamais le pouvoir trop, payer; Et tu verrois périr mille amants avec joie. S'il falloit tout leur sang pour t'y faire une voie. Aime OthonJ, si tu peux t'en faire un sûr appui; Mais, s'il en est besoin, aime-toi plus que lui; Et sans t'inquiéter où fondra la tempête.