‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 24 sur 292 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

Avec cet attentat sur ma propre personne. Voir toute mon estime ^ et n'en pas mieux user. C'en est. un qu'aucun art ne sauroit déguiser. Ne m'honorez donc plus jusqu'à me fiiire injure ; Puisque vous le voulez , soyez ma créature; Et me laissant en reine ordonner de vos vœul , Portez-les jusqu'à moi, parce que je le veuk.

Pour votre Perpenna, que sa haute naissance N'affranchit ppint encor de votre obéissance. Fût-il du sang des dieux aussi-bien quQ des rois, Ne lui promettez plus la gloire de mon choix. Rome n'attache point le grade à la noblesse. Votre grand Marins naquit dans la bassesse ; Et c'est pourtant le seul que le peuple romain Ait jusques à sept fois choisi pour souverain. Ainsi pour estimer chacun a sa manière : ^ Au sang d'un Espagnol je ferois grâce entière ; * Mais parmi vos Romains je prends peu garde au sang, Quand j'y vois la vertu prendre le plus haut rang. Vous, si vous haïssez comme eux le nom de reine , Regardez-moi, seigneur, comme dame romaine : ^

' Ainsi pbar estimer diacnn a sa nunière ,

est trop familier , et <a manière pour eatimer est aussi bat que peu fiançais.

' An sang d*an Espagnol je ferois grâce entière , ne dit point ce qu'elle veut dire ; elle entend que ce serait faire une grâce à un Espagnol que de l'épouser. Fwre grâce entière, c'est ne point pardonner à demi.

^ Elle ne doit point dire à Sertorius qu'il peut haïr le iWVne , après que Sertorius lui a dit qu'il déshonorerait le trône , s'il osait aspirer

58 SERTORIUS

Le droit de bourgeoisie à nos peuples donné

Ne perd rien de son prix sur un front couronné.

Sous ce titre adoptif ^ étant ce que vous étes^

Je pense bien valoir une de mes sujettes ;]

Et si quelque Romaine a causé vos refus.

Je suis tout ce qu'elle est , et reine encor de plus.

Peut-être la pitié 4'ane iUustre misère....

SERTORItJS.

Je vous entends , madame, et , pour ne vous rien taire , J'avoûrai qu'Aristie....

yiRlATE.

Elle nous a tout dit ; Je sais ce qu elle espère et ce qu*on vous écrit. Sans y perdre de temps , ouvrez; votre pensée.

SERTORIUS

Au seul bien de la cause elle çst intéressée : Mais puisque , pour ôter l'Espagne à nos tyrans , Nous prenons, vous et moi, des chemins différents , De grâce, examinez le commun avantage.

Et jugez ce que doit un généreux courage^ Je trahirois, madame, et vous et vos états,

à elle. Tous ces raisonnement «ur le trûne semUent trop se contredire ; tantôt le trône de Viriate dépend de Sertorius , tantôt Sertoriu» est au-dessous du trône, tantôt il hait le trône, tantôt Viriate veut faire respecter son trône; mais <|uand même il y aurait de la justesse dans ces dissertations, il y aurait toujours trop de froideur. Presque tous ces raisonnemens sont faux : ils auraient besoin du style le plus élégant et le plus noble pour être tolérés; maïs malheureusement le style est guindé, obscur, soutent bas, et hérissé de solêcismes et de barbcurismes.

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