‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 238 sur 292 · ACTE II, SCÈNE I. 4o · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I. 4o

Maïs toutes portent mêmes chaînes ^

Et toutes y à parler sans fard^ Servent à ses plaisirs sans part à son empire; Et même en ses plaisirs elles n'ont autre part Que celle qu'à son cœur brutalement inspii^

Ou le caprice , ou le hasard.

Voilà ^ ma sœur^ à quoi yous aToit destinée , Â quel infâme honneur vous avoit condamnée

Pharnabase son lieutenant:

Il auroit fait de vdUs un présent à ^on prince , Si pour nous affranchir mon soin le prévenant N'eût à sa tyrannie arraché ma province.

La Grèce a de plus saintes lois^

Elle a des peuples et des rois

Qui gouvernent avec justice :

La raison y préside, et la sage équité; Le pouvoir souverain par elles limité ,

N'y laisse aucun droit de caprice.

L'hymen de ses rois même y donne cœur pour cœur;

Et si vous aviez le bonheur Que l'un deux vous offrît son trône avec son âme ,

Vous seriez, par ce nœud charmant,

Et reine véritablement ,

Et véritablement sa femme.

MANDANS

Je veux bien l'espérer , tout est facile aux dieux ; '

Et peut-être que de bons yeux En auroient déjà vu quelque flatteuse marque; Mais il en faut de bons pour faire un si grand choix. Si le roi dans la Perse est un peu trop monarque ,

4o4 AGÉSILAS.

En Grèce il est des rois qui ne sont pas trop rois ;

Il en est dont le peuple est le suprême arbitre;

Il en est d'attachés aux ordres d'un sénat ;

Il en est qui ne sont enfin sous ce grand titre

Que premiers sujets de l'état.

Je ne sais si le ciel pour régner m'a fait nattre. Et quoi qu'en ma faveur j'aie encor vu paroître.

Je doute si l'on m'aime ou non ;

Mais je pourrois être assez vaine

Pour dédaigner le nom de reine Que m'offriroit un roi qui n'en eût que le nom.

SPITRIDATE.

Vous en savez beaucoup ^ ma sœur , et vos mérites Vous ouvrent fort les yeux sur ce que vous valez.

MANDANE

Je réponds simplement à ce que vous me dites ^ Et parle en général ^ comme vous me parlez.

Cependant et des rois et de leur diflférence Je vous trouve en effet plus instruite que moi.

MANDANE

Puiscpie vous m'ordonnez qu'ici j'espère un roi. Il est juste , seigneur, que quelquefois j'y pense.

SPITRIDATE.

N'y pensez-vous point trop ?

MANDANE

Je sais que c'est à vous A régler mes désirs sur ]e choix d'un époux ; Mon devoir n'en fera point d'autre ;

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