‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 239 sur 292 · ACTE II, SCÈNE I. 4o · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I. 4o

Mais quand vous daignerez choisir pour une sœur^ Daignez songer ^ de grâce'^ à faire son bonheur

Mieux que vous n'avez fait le vôtre.

D'un choix que vous m'aviez vbusr-même tant loué. Votre cœur et vos yeux vous ont désavoué ; Et si j'ai , comme vous, quelques pentes secrètes, Seigneur, si c'est ainsi que vous les rencontrez,

Jugez par le trouble où vous êtes.

De l'état où vous me mettrez.

SPITRIDATE.

Je le vois bien, ma sœur, il faut vous laisser faire. Qui choisit mal pour soi choisit mal pour autrui; Et votre cœur instruit par le malheur d'un frère , A déjà fait son choix sans lui.

MANDANE

Peut-être ; mais enfin vous suis-je nécessaire ? Parlez ; il n'est désirs ni tendres sentiments Que je ne sacrifie à vos contentements. Faut-il donner ma main pour celle d'Elpinice ?

SPITRIDATE.

Que sert de m'en offrir un entier sacrifice , Si je n'ose et ne puis même déterminer A qui pour mon bonheur vous devez la donner? Cotys me la demande , Agésilas l'espère.

MANDANE

Agésilas, sçigneur! Et le savez-vous bien?

SPITRIDATE.

Parler de vous sans cesse, aimer votre entretien. Vous donner tout crédit, ne chercher qu'à vous plaire, .i.

4oQ AGÉSILAS.

MANDANS

Ce sont ciyilitës envers une étrangère

Qui font beaucoup d'éclat , et ne produisent rien.

Il jette par là des amorces A ceux qui conune nous voudront grossir ses forces; Mais, quelque haut crédit qu'il me donne en sa cour^ De toute sa conduite il est si bien le maître j . Qu'au simple nom d'hymen vous verriez disparottre Tout ce qu'en ses faveurs vous prenez pour amour.

SPITRIDATE.

Vous penchez vers Cotys^ et savez qu'Elpinice Ne veut point être à moi qu'il ne soit à sa sœur I

MANDANE

Je vous réponds de tout^ si vous avez son cœur.

SPITRIDATE.

Et Lysander pourra souffrir cette injustice?

MANDANE

Lysander est si mal auprès d'AgésUas^ Que ce sera beaucoup s'il en obtient un gendre; Et peut-être sans moi ne l'obtiendra-t-il pas : Pour deux, il auroit tort, s'il osoit y prétendre. Mais, seigneur, le voici; tachez de pressentir Ce qu'en votre faveur il pourroit consentir.

SPITRIDATE.

Ma sœur , vous êtes plus adroite ; Souffrez que je ménage un moment de retraite. J'aurois trop à rougir, pour peu que devant moi Vous fissiez deviner de ce manque de foi.

Digiti^ed

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