‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 25 sur 292 · ACTE II, SCÈNE II. 5g · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. 5g

De voii^ un tel secours , et ne Taocepter pas : ' Mais ce même secours deviendroit notre perte , S'il nous ôtoit la main que vous m'avez offerte. Et qu'un destin jaloux de nos communs desseins Jetât ce grand dépôt en de mauvaises mains. * Je tiens Sylla perdu , si vous laissez unie  ce puissant renfort votre Lusitanie.

Mais vous pouvez enfin dépendre d'un époux j Et le seul Perpenna peut m'assurer de vous* Voyez ce qu'il a fait;. je lui dois tant, madame. Qu'une juste prière en faveur de sa flamme^**» •

VIRIATE

Si vous lui deyez tant, ne me devez-vous rie»? ; Et lui faut-il payer vof dettes de mon bien? Après que ma couronne a garanti vos têtes, ' Ne mérité-je point de part en vos conquêtes ? Ne vous ai-jç servi que pour servir toujours , Et m'assurer des fers par mon propre. secours ? Ne vous y trompez pas : si Perpenna m'épouse, . Du pouvoir souverain je deviendrai jalouse , . Et le rendrai moi-même assez entreprenant Pour ne vous pas laisser un roi pour lieutenant. Je vous avoûrai plus : a qui que je me donne,

■ Je Uahiraiê de voir est ua «olécisme* ^

* On ne jette point un dépôt , c'est un barbarisme; il faut, ne mil ce grand dépéL

3 Que veut dire une couroaue qui g^r^utit des tètes ? Il fallait au moins dire de quoi elle les garantit : on garantit un traité , une possession , un héritage; mais une couronne- ne garantit point une tête.

€o SERTORIUS.

Je voudrai hautement soutenir ma couronne ;•

Et c'est ce qui me force à vous considérer.

De peur de perdre tout , s'il nous faut séparer*

Je ne vois que vous seul qui des mers aux montagnes

Sous un même étendard puisse unir nos Espagnes :

Mais ce que je propose en est le seul moyen ;

Et, quoi qu'ait fait pour vous ce cher concitoyen ,

S'il vous à secouru contre la tyrannie.

Il en est bien payé d'avoir sauvé sa vie. •

Les malheurs du parti l'accabloient à tel point.

Qu'il se voyoit perdu, s'il né vous eût pas joint ;

Et même, si j'en veux croire la renommée.

Ses troupes, malgré lui, gro^irènt votre armée.

Rome oflFre un grand secours, du moins on vous l'écrit;

Mais s'armât-elle toute en faveur d'un proscrit,

Quand nous sommes aux bords d'une pleine victoire, *

Quel besoin avons-nous d'en partager la gloire?

Encore une campagne, et nos seuls escadrons

Aux aigles de Sylla font repasser les monts.

Et ces derniers venus auront droit de nous dire

Qu'ils auront en ces lieux établi notre empire !

Soyons d'un tel honneur l'un et l'autre jaloux ;

' C'est un barbarisme et un contre-sens. On est payé en reoerant une récompense , on est payé par «ne récompense ; mais on n'est point payé de recevoir une récompense : il fallait, il fut aaaezpayé, vous sauvâtes^ sa vie , ou quelque chose de semblable.

* La victoire n'a point de bords ; on touche à la victoire , on est prés de la remporter, de la saisir, mats on n'est point à -ses bords. Cela ne peut se dire dans aucune langue , parce qtie dans tontes les langues les métaphores doivent étrt justes.

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