‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 26 sur 292 · ACTE II, SCÈNE II. 6x · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. 6x

Et quand nous pouvons tout , ne devons rien qu'à nous«

SERTOtllUS.

L'espoir le mieux fonde n a jamais trop de forces. * Le plus heureux destin surprend par les divorces;- * Du trop de confiance il aime à se venger ; ^ Et dans un grand dessein rien n'est à négliger*

Devons-nous exposer à tant d'incertitude L'esclavage de Rome , et notre servitude > * De peur de partager avec d'autres Romains Un honneur où le ciel veut peut-être leurs mains? Notre gloire^ il est vrai, deviendra sans seconde. Si nous faisons sans eux la liberté du monde ; Mais si quelque malheur suit tant d'heureux combats, Quels reproches cruels ne nous ferons-nous pas ! D'ailleurs, considérez que Perpenna vous aime. Qu'il est ou qu'il se croit digne du diadème, Qu'il peut ici beaucoup ; qu'il s'est vu de tout temps

' On ne peut dire /es forces d'un espoir; ancnne langue ne peàt admettre ce mot , parce que les forces ne peuvent pas être dans un espoir. C'est un barbarisme.

> Un destin n*a point de divorces ; il a des vicissitudes , de4 chan-^ gemens, des revers; et alors ce n'est pas Theureux destin qui surt* prend. Cette expression est un barbarisme.

^ Ce destin qui aime à se venger est une idée poétique qui n'a rien de vrai. Pourquoi aimerait-il a se venger de la confiance qu'on a en lui? Est-ce ainsi que doit raisonner un grand capitaine , un homme d'état?

4 Ce n'est point l'esclavage qu'on expose ici à l'incertitude des événemens ; au contraire , c'est la liberté de Rome et celle de l'Espagne , pour laquelle Sertorius et Viriate combattent , et qu'on expo^ serait.

63 SERTORIUS

Qu'en gouvernant le mieux on fait des mécontents;

Que^ piqué du mépris, il osera peut-être....

VIKïATE.

Tranchez le mot, seigneur : je vous ai fait mon maître, Et je dois obéir malgré mon sentiment ; C'est à quoi se réduit tout ce raisonnement.

Faites, faites entrer ce héros d'importance , ' Que je fasse un essai de mon obéissance; Et si vous le craignez, craignez autant du moins Un long et vain regret d'avoir prêté vos soins. '

SERTORIUS

Madame, croiriez-*vous. . . .

Ce mot vous doit suffire; J'entends ce qu'on me dit, et ce qu'on me veut dire. Allez, faites-lui place, et ne présumez pas....

SERTORITTS.

Je parle pour un autre, et toutefois, hélas I * Si vous saviez....

' Faites , faites entrer ce héros d'importance , est un peu trop comique. L'auteur a déjà dit des gêna d'importance : il n'est pas permis d'écrire d'an style si trivial , surtout après aroir écrit de si belles choses.

• Il faudrait achever la phrase. Prêter vos soîns n'a pas un sens complet; on doit dire à qui on les a prêtés. De plus , on ne prête point de soins , on ne prête que les choses qu'on peut retirer. Quand les soins sont une fois donnés , on peut en ref oser de nouveaux. H n'en est pas de même du mot appui , eecoura ; on prête son appui , son secours, son bras, son armée, etc., parce qu'on peut les retirer, les reprendre. Ce style est très vicieux.

^ Cet hélas dans la bouche de Sertorius est trop déplacé ; il ne con-

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