ACTE III, SCÈNE I
M'érige sous votre ordre en fantôme éclatant^ En colosse d'état qui de vous seul attend
L'âme qu'il n'a pas de lui-*même^
Et que vous seul faites aller Où pour vos intérêts il le faut étaler. Général en idée, et monarque en peinture. De ces illustres noms pourrois-je faire cas S'il les falloit porter moins comme Agésilas
Que comme votre créature , Et montrer avec pompe au reste des humains En ma propre grandeur Touvrage de vos mains?
Si vous m'avez fait roi, Lysander, je veux Fêtre. Soyez-moi bon sujet, je vous serai bon maître; Mais ne prétendez plus partager avec moi
Ni la puissance ni l'emploi.
Si vous croyez qu'un sceptre accable qui le porte , A moins qu'il prenne une aide à soutenir son poids.
Laissez discerner à mon choix Quelle main à m'aider pourroit être assez forte. Vous aurez bonne part à des emplois si doux
Quand vous pourrez m'en laisser faire ; Mais soyez sur aussi d'un succès tout contraire,. Tant que vous ne voudrez les tenir que de vous.
Je passe à vos amis qu'il m'a fallu détruire. Si dans votre vrai rang je voulois vous réduire , Et d'un pouvoir surpris saper les fondements. Us étoient tout à vous, et. par reconnoissance
D'en avoir reçu leur puissance.
Us ne considéroient que vos commandements. Vous seul les aviez faits souverains dans leurs villes ;
4^8 AGÉSILAS
Et j'y verroîs encor mes ordres mutiles , A moins que d'avoir mis leur tyrannie à bas-. Et changé comme vous la face des états.
Chez tous nos Grecs asiatiques Votre pouvoir naissant trouva des républiques , Que filous votre cabale il vous plut asservir: La vieille liberté , si chère à leurs ancêtres, Y fut partout forcée à recevoir dix maîtres; Et dès qu'on murainroit de se la voir ravir , On voyoit par votre ordre immoler les plus braves
A l'empire de vos esclaves.
J'ai tiré de ce joug les peuplés opprimés : En leur premier état j'ai remis toutes choses ; Et la gloire d'agir par de plus justes causes A produit des effets plus doux et plus aimés. J'ai fait à votre exéinple ici des créatures , Mais sans verser de sang, sans causer de murmures; Et comme vos tyrans prenoient de vous la loi , Comme ils étoient à vous , les peuples sont à moi. • Voilà quelles raisons ôtent à vos services
Ce qu'ils vous semblent mériter.
Et colorent ces injustices Dont vous avez raison de vous mécontenter. Si d'abord elles ont quelque chose d'étrange. Repassez-les deux fois au fond de votre cœur; Changez y si vous pouvez, de conduite et d'humeur;
Mais n'espérez pas que je change.
LYSANDER
s'il ne m'est pas permis d'espérer rien de tel.
Du moins, grâces aux dieux, je ne vois dans vos plaintes