‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 34 sur 292 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

SERTORIUS, POMPÉE; suite.

SERTORIUS

OEiGNEuil, qui des mortels eût jamais osé croire

> Cette scène , ou plutôt la seconde , dont celle-ci n'est que le commencement , fit le succès de Serlorius , et elle aura toujours une grande réputation. S'il y a quelques défauts dans le style , ces défauts n'ôtent rien i la noblesse des sentimens , à la politique , aux bien* séances de toute espèce | qui font un chef-d'œuvre de cette conversation. Elle n'est pas tragique , j'en conviens ; elle n'est que politique. La pièce de Sertoriua n'a rien de la chaleur et du pathétique de la vraie tragédie, comme Corneille l'avoue dans sou examen; mais cette scène de Sertorius et de Pompée, prise à part, est un grand modèle.

n n'y a , je crois , que deux autres exemples sur le théâtre de ces conférences entre de grands hommes, qui méritent d'être remarquées. La première, dans Shakespeare y entre Càssius et Brutns; elle est dans un goût un peu di£Pérent de celui de Corneille. Brutus reproche à Cassius t?ial he hath an itching palm ; ce qui signifie précisément que Cassius se fait graisser la patte. Cassius répond qu'il aimerait mieux être un chien, et aboyer à la lune, que de se faire donner des pots de vin. D y a d'ailleurs des choses vives et animées , mais ce ton de la halle n'est pas tout-4-fait celui de la scène tragique ; ce n'est pas celui du sage Addison.

La seconde conférence est dans V Alexandre de Racine , entrt

72 SERTORIUS

Que la trêve à tel point dût rehausser ma gloire; ' Qu'un nom à (jui la guerre a fait trop applaudir Dans l'ombre de la paix trouvât à s'agrandir? * Certes, je doute encor si ma vue est trompée , Alors que dans ces muijs je vois le grand Pompée ;

Poms, Ephestion et Taxile. Si Épliestion était un personnage piincipal , et si la tragédie était intéressante , cette conférence pourrait encore plaire beaucoap au théâtre , même après celle de Sertorius et de Pompée. Le mal est que ces scènes ne sont pas absolument néces^ saires à la pièce. Sertoiius même dit au quatrième acte :

Quel bruit fait par la ville

De Pompée et de moi Tentrevue inutile ?

Ces scènes donnent rarement au spectateur d'autre plaisir que celai de voir de grands hommes conférer ensemble.

> Certainement Sertorius n'a jamais dit à Pompée , guel homme aurait Jamais osé croire que ma gloire pût être augmentée ? On ne parle point ainsi de soi-même ; la bienséance n'est pas observée dans les expressions : le Tond de la pensée est que la visite de Pompée est le plus grand honneur qu'il ait jamais reçu ; mais il ne doit pas com'mencer par parler de sa gloire , et par dire que jamais mortel n'eût osé croire que cette gloire pût augmenter; ces vers peuvent paraître une fanfaronnade plutôt qu'un compliment. Il eût été plus court) plus naturel , plus décent , de supprimer ces vers , et de dire avec une noble simplicité, Seigneur ^ je doute encor ai ma vue est irom-* pée, etc.

* Comment est-ce qu'un nom trouve quelque chose ? Sertorius vent dire qu'il n'a jamais reçu tant d'honneurs; mais un nom ne s'agrandit pas''', et il ne fallait pas qu'il commençât une conversation polie et modeste par dire que la guerre a fait applaudir à son nom. Ce n'est pas au nom qu'on applaudit , c'est à la personne , aux actions.

* Le tiom d'un homme célèbre s*agrandit dès qae sa réputation peut s'accroître. Le nom de Voltaire , déjà très célèbre par Zaïre , ^Izire , Brtttus , s'agrandit encore par Mahomet. Il n'y a rien là que de très simple. P*

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