‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 37 sur 292 · ACTE III, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE II

Le grand art de la guerre attend quelquefois Y âge, Le temps y fait beaucoup ; et de mes actions S'il vous a plu tirer quelques instructions , Mes exemples un jour ayant fait place aux vôtres , Ce que je vous apprends, vous! apprendrez à d'autres; Et ceux qu'aura ma mort saisis de mon emploi S'instruiront contre vous, comme vous contre moi. Quant à l'heureux Sylla , je n'ai rien à vous dire. Je vous ai montré l'art d'affoiblir son empire ; Et si je puis jamais y joindre des leçons Dignes de vous apprendre k repasser les monts ^ Je suivrai d'assez près votre illustre retraite Pour traiter avec lui sans besoin d'interprète. Et sur les bords du Tibre , une pique à la main , ' Lui demander raison pour le peuple romain.

POMPEE

De si hautes leçons, seigneur, sont difficiles. Et pourroient vous donner quelques soins inutiles , Si vous faisiez dessein de me les expliquer Jusqu'à m'avoir appris à les bien pratiquer. *

SERTORIUS

Aussi me pourriez-vous épargner quelque peine ^ Si vous vouUez avoir l'âme toute romaine ;

• On se servait encore de piques en France lorsqu'on représenta Serlorius, et cette expression était plus noble qu'aujourd'hui.

* Ce vers n'a pas un sens net. On ne sait si l'intention de l'auteur est, si vous vouliez m'expliquer mes leçons jusqu'à ce que vous m'apprissiez à les mettre en pratique ; nm'ia faire dessein de les expliquer Jusqu'à m'avoir appris est un contre-sens en toute langue. Faire dessein est un barbarisme.

yS SERTORIUS.

Je TOUS Fai déjà dit.

POMPÉS

Ce discours rebattu Lasseroit une austère et faroudie vertu. Pour moi , qui vous honore assez pour me contraindre A fuir obstinément tout sujet de m'en plaindre , Je ne veux rien comprendre en ces obscurités.

SERTORIUS

Je sais qu'on n'aime point de telles vérités : Mais y seigneur, étant seuls, je parle avec franchise; Bannissant les témoins, vous me Tavez permise ; Et je garde avec vous la même liberté Que si votre Sylla n'avoit jamais été.

Est-ce être tout Romain, qu'être chef d'une guerre * Qui veut tenir aux fers les maîtres de la terre ? Ce nom, sans vous et lui , nous seroit encor dû; C'est par lui, c'est par vous, que nous l'avons perdu. . C'est vous qui sous le )oug traînez des cœurs si braves; * Ils étoient plus que rois , ils sont moindres qu'esclaves; Et la gloire qui suit vos plus nobles travaux , Ne fait qu'approfondir l'abîme de leurs maux : Leur misère est le fruit de votre illustre peine : Et vous pensez avoir l'âme toute romaine !

* On est chef de j^aiti, on n'est pas chef d'une guerre. Le mot est trop impropre.

s Traîner dea cœwâ peut se dire. Racine a dit :

Charmant, jeune , traînant tons les cœurs après soi. Mais cet après aoi on après lui est absolument nécessaire. Entraînant après lui toos les cœurs des soldats.

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