‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 38 sur 292 · ACTE III, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IL

Vous avez hérite ce nom de vos aïeux ; Mais s'il vous étoit cher, vous le rempliriez mieux.

POMPEE

Je crois le bien remplir quand tout mon cœur s'applique Aux soins de rétablir un jour la république : Mais vous jugez, seigneur, de l'âme par le bras ; Et souvent l'un paroît ce que l'autre n'est pas. *

Lorsque deux factions divisent un empire. Chacun suit au hasard la meilleure ou la pire , Suivant l'occasion ou la nécessité Qui l'emporte vers l'un ou vers l'autre côté. Le plus juste parti, difficile à connottre. Nous laisse en liberté de nous choisir un maître; Mais quand ce choix est fait on ne s'en dédit plus. J'ai servi sous Sylla du temps de Marins , Et servirai sous lui tant qu'un destin funeste De nos divisions soutiendra quelque reste. * Comme je ne vois pas dans le fond de son cœur,

* Ces expressions sont trop négligées : et comment un bras pent-il paraître diflFérent d'une âme? La plupart des fautes de langage sont au fond des défauts de justesse.

• Soutiendra n*est pas le mot propre ; on entretient un reste de divisions» on les fomente, etc.; on soutient un parti , une cause, nue prétention . mais c'est an très léger défaut dans un aussi beau discours que celui de Pompée.

Lorsque deux factions divisent nn empire ,

Chacnn soit an hasard la meilleure ou la pire....

Mais quand ce choix est fait, on ne s*en dédit plus, etc.

Quelle vérité dans ces vers? et quelle force dans leur simplicité! point d'épithéte , rien de superflu; c-est la raison en vers.

8o SERTORIUS.

J'ignore quels projets peut former son bonheur : *

S'il les pousse trop loin , moi-même je l'en blâme ;

Je lui prête mon bras^sans engager mon âme ;

Je m'abandonne au cours de sa félicité ,

Tandis que tous mes vœux sont pour la liberté }

Et c'est ce qui me force à garder une place

Qu'usurperoient sans moi l'injustice et l'audace ,

Afin que^ Sylla mort^ ce dangereux pouvoir

Ne tombe qu'en des mains qui sachent leur devoir. *

Enfin je sais mon but et vous savez le vôtre.

SERTORIUS

Mais cependant , seigneur^ vous servez comme un autre;

Et nous , qui jugeons tout sur la foi de nos yeux ,

Et laissons lé dedans à pâiétrer aux dieux,

Nous craignons votre exemple, et doutons si dans Rome

Il n'instruit point le peuple à prendre loi d'un homme;

Et si votre valeur, sôus le pouvoir d'autrui,

Ne sème point pour vous lorsqu'elle agit pour lui.

Comme je vous estime , il m'est aisé de croire Que de la liberté vous feriez votre gloire, Que votre âme en secret lui donne tous ses vœux ; Mais si je m'en rapporte aux esprits soupçonneux. Vous aidez aux Romains à faire essai d'un maître , Sous ce flatteur espoir qu'un jour vous pourrez l'être.

1 Un bonheur gui forme des projet fi est trop impropre^

a On peut animer tout dans la poésie ; mais , dans une conférence sans passion , les métaphores outrées ne peuvent avoir lieu : peutêtre cette expression porte encore plus Fempreinle d'une négligence qui échappe que d'une figure qu'en recherche.

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