ACTE III, SCÈNE IL
Vous avez hérite ce nom de vos aïeux ; Mais s'il vous étoit cher, vous le rempliriez mieux.
POMPEE
Je crois le bien remplir quand tout mon cœur s'applique Aux soins de rétablir un jour la république : Mais vous jugez, seigneur, de l'âme par le bras ; Et souvent l'un paroît ce que l'autre n'est pas. *
Lorsque deux factions divisent un empire. Chacun suit au hasard la meilleure ou la pire , Suivant l'occasion ou la nécessité Qui l'emporte vers l'un ou vers l'autre côté. Le plus juste parti, difficile à connottre. Nous laisse en liberté de nous choisir un maître; Mais quand ce choix est fait on ne s'en dédit plus. J'ai servi sous Sylla du temps de Marins , Et servirai sous lui tant qu'un destin funeste De nos divisions soutiendra quelque reste. * Comme je ne vois pas dans le fond de son cœur,
* Ces expressions sont trop négligées : et comment un bras pent-il paraître diflFérent d'une âme? La plupart des fautes de langage sont au fond des défauts de justesse.
• Soutiendra n*est pas le mot propre ; on entretient un reste de divisions» on les fomente, etc.; on soutient un parti , une cause, nue prétention . mais c'est an très léger défaut dans un aussi beau discours que celui de Pompée.
Lorsque deux factions divisent nn empire ,
Chacnn soit an hasard la meilleure ou la pire....
Mais quand ce choix est fait, on ne s*en dédit plus, etc.
Quelle vérité dans ces vers? et quelle force dans leur simplicité! point d'épithéte , rien de superflu; c-est la raison en vers.
8o SERTORIUS.
J'ignore quels projets peut former son bonheur : *
S'il les pousse trop loin , moi-même je l'en blâme ;
Je lui prête mon bras^sans engager mon âme ;
Je m'abandonne au cours de sa félicité ,
Tandis que tous mes vœux sont pour la liberté }
Et c'est ce qui me force à garder une place
Qu'usurperoient sans moi l'injustice et l'audace ,
Afin que^ Sylla mort^ ce dangereux pouvoir
Ne tombe qu'en des mains qui sachent leur devoir. *
Enfin je sais mon but et vous savez le vôtre.
SERTORIUS
Mais cependant , seigneur^ vous servez comme un autre;
Et nous , qui jugeons tout sur la foi de nos yeux ,
Et laissons lé dedans à pâiétrer aux dieux,
Nous craignons votre exemple, et doutons si dans Rome
Il n'instruit point le peuple à prendre loi d'un homme;
Et si votre valeur, sôus le pouvoir d'autrui,
Ne sème point pour vous lorsqu'elle agit pour lui.
Comme je vous estime , il m'est aisé de croire Que de la liberté vous feriez votre gloire, Que votre âme en secret lui donne tous ses vœux ; Mais si je m'en rapporte aux esprits soupçonneux. Vous aidez aux Romains à faire essai d'un maître , Sous ce flatteur espoir qu'un jour vous pourrez l'être.
1 Un bonheur gui forme des projet fi est trop impropre^
a On peut animer tout dans la poésie ; mais , dans une conférence sans passion , les métaphores outrées ne peuvent avoir lieu : peutêtre cette expression porte encore plus Fempreinle d'une négligence qui échappe que d'une figure qu'en recherche.