‹ Œuvres de P. Corneille, avec les commentaires de VoltaireChapitre 43 sur 292 · POMPÉE, ARISTIE · texte numérisé non relu

POMPÉE, ARISTIE

POMPES

Me dit-on vrai, madame, et seroit-il possible....

ARISTIE

Oui, seigneur, il est vrai que j'ai le cœur sensible ;

mouTemens, qui sont Tâme de la tri^gé^ie. U est dit, dans le Bo" iéana '*', que Boileau n'aimait pas celte fameuse conférence de Sertorius et de Pompée. On prétend que Boileau dis^iit que cette scène n*était ni dans la raison , ni dans la nature ^ et qu'il était ridicule que Pompée vint redemander sa femme à Sertorius , tandis qu'il en avait une autre de la main de Sylla. Ta voue que Tobjet de cette conférence peut être critiqué; mais j'ai bien de la peine à croire que Boileau ne fût pas content des morceaux adroits et sublimes de cette scène ; il savait trop bien que le goût consiste à savoir admirer les beautés an milieu des défauts.

1 Après une scène de politique , il n*ést guère posàible que jamais une scène de tendresse puis^ réussir. Le cœur vent être mené par degrés; il ne peut passer rapidement d'an sojet à on antre : et tontes

* Le Boléana est un livre assez méprisé , qui n'a jamais eu d'autorité chez les Uitérate«F« iastraits. P. -" ^

88 ' SERTORIUS

Suivant qa'on m'aime on faait^ j'aime ou hais à mon tour,*

Et ma gloire soutient ma haine et mon amour.

Mais si de mon amour elle est la souveraine ^

Elle n'est pas toujours maîtresse de ma haine;

Je ne la suis pas même ; et je hais <juel<juefois

Et moins ^e je ne veux ^ et moins que je ne dois.

POMPÉS

Cette haine a pour moi toute son étendue^ Madame ^ et la pitié ne l'a point sfuspendue ; La générosité n'a pu la modérer.

▲ RISTIE«

Tous ne voyez donc pas qu'elle a peine k durer. Mon feu, qui n'est éteint que parce qu'il doit Têtre , Cherche en dépit de moi le vôtre pour renatire; * Et je sens qu'à vos yeux mon courroux chancelant Trébuche, perd sa force , et meurt en vous parlant. M'aimeriez-vous encor , seigneur?

POMPÉK.

Si je VOUS aime?'

les fois qu'on promène ainsi le specUteor d'objets en objets ^ tout intérêt cesse. C'est une des raisons qui empêchent presque toutes les tragédies de Corneille d'être touchantes. U parait qu'il a senti ce défaut , puisque Sertorius et Pompée ont parlé d'Âristie à la fin de la scène précédente ^ mais ils n'en ont parlé que par occasion.

> Ce vers et les snivana sont un peu du haut comique , et Aient à la femme de Pompée toute sa dignité.

* Ce feu qui cherche iefeude Pompée, ce courrom qui irébuehe/ en un mot , cette scène entre un mari et une femme ne passerait pas aujourd'hui.

' Ce qui fait en partie que cette scène est froide y c'est précisément

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