ACTE III, SCÈNE IV
Demandez si je vis , ou si je suis moinméme. Votre amour est ma vie , et ma vie est à vous.
ARISTIE
Sortez de mon esprit, ressentiments jaloux: :
Noirs enfants du dépit, ennemis de ma gloire.
Tristes ressentiments, je ne veux plus vous croire.
Quoi qu'on m'ait feit d'outrage, il ne m'en souvient plus.
Plus de nouvel faymen , plus de Sertorius ; *
Je suis au grand Pompée ; et puisqu'il m'aime encore.
Puisqu'il me rend son cœur, de nouveau je l'adore.
Plus de Sertorius. Mais, seigneur, répondez;
Faites parler ce cœur qu'enfin vous me rendez.
Plus de Sertorius. Hélas! quoi que je die.
Vous ne me dites point, seigneur, Plus d'Emilie. *
cette chaleur que Pompée essaie de mettre dans sa réponse à sa femme. S'il est vrai qu'il l'aime si tendrement , il Joue le rôle d'an Uche de l'avoir répudiée par crainte de Sylla ; et Pompée ainsi avili ne peut plus intéresser les cpectateurs., comme on vient de le faire voir. Aristie plaît encore moins , en ne paraissant que pour dire à Pompée qu'elle prendra un autre mari , s'il ne veut pas d'elle. Ce sont là des intérêts qui n'ont rien de grand ni d'dtteudiissant.
* n n'y a personne qui puisse souffrir cet apprêt, ces refrains , ces jeux d'esprit compassés. Cela reàsemfble un peu à ces anciennes pièces de poésie nommées chants royaux, ballades , virelais ; amnsemens que jamais ni les Grecs ni les Romains ne connurent , excepté dans les vers phaleuqnes , qui étaient une espère de poésie molle et efféminée , où les refrains étaient admis ; et quelquefois aussi dans l'églogue: ^
Ducite nb urbe domum , mea carmina , ducite Daphnim.
* CeU serait à sa place dans une pastorale ; mais dans une tragédie!./..
go SERTORIUS.
Rentrez dans mon esprit, jaloux ressentiments , Fiers enfants de rhonneur, nobles emportements; C'est vous que je veux croire; et Pompée infidèle Ne sauroit plus souffrir que ma haine chancelle ; Il l'affermit pour moi. Venez , Sertorius, Il me rend toute à vous par ce muet refiis. Donnons ce graad témoin à ce grand hyménée ; Son âme toute ailleurs n'en sera point gênée : Il le verra sans peine, et cette dureté Passera chez Sylla pour magnanimité.
POMTPBS.
Ce qu'il vous fait d'injure également m'outrage; Mais enfin je vous aime, et ne puis davantage. ' Vous , si jamais ma flamme eut pour vous quelque appaS; Plaignez-vous, haïssez, mais ne vous donnez pas; Demeurez en état d'être toujours ma femme , Gardez jusqu'au tombeau l'empire de mon âme. Sylla n'a que son temps, il est vieil et cassé ; Son règne passera , s'il n'est déjà passé ; Ce grand pouvoir lui pèse , il s'apprête à le rendre ; Comme à Sertorius, je veux bien vous l'apprendre. Ne vous jetez donc point, madame, en d'autres bras; Plaignez-vous, haïssez, mais ne vous donnez pas : Si vous voulez ma main , n'engagez point la vôtre.
ARISTIE
Mais quoi! n'êtes-vous p^^ entre les bras d'une autre?
* Ce qu'il faii et injure est un barbarisme; mûaje voua atme, et ne puia davantage déshonore entièrement Pompée. lie vainqueur de Mithridate ne devait pas s'avilir )U8que-U.